Jean Cl̩ment, Thierry Giacomino, S̩gol̬ne de la Roche Saint Andr̩,
Evelyne Broudoux, Claude Tuduri, Jean Baptiste De Vathaire, Nadia IvanovaLa prochaine sÌ©ance est fixÌ©e le jeudi 20 avril, ÌÊ 19h30, lieu - ÌÊ prÌ©ciser
Ordre du jour :
Red̩finition de la probl̩matique du groupe
" Ecritures hypertextuelles "Jean ClÌ©ment souligne l¥úouverture du groupe aux problÌ©matiques voisines. En plus d¥úouvrir un champ de crÌ©ation propre ÌÊ l¥úhypertexte, ce dernier permet d¥úavoir un nouveau regard sur les ãuvres littÌ©raires, artistiques, architecturales etc. (ex. les derniers romans d¥úItalo Calvino comme hypertexte, la ville comme hypertexte, hypertexte dans le cinÌ©ma (" Smoking / no smoking ") etc.). Il remarque pourtant la banalisation du concept de l'hypertexte avec le dÌ©veloppement de l¥úInternet. Sa force heuristique s'est affaiblie, le sommet d¥úintÌ©rÌ»t est passÌ©. Maintenant il convient de s¥úinterroger sur l¥úÌ©criture plutÌ«t que sur le dispositif. Du point de vue de la thÌ©orie du chaos, l¥úhypertexte instrumentalise la complexitÌ©.
De cette discussion dÌ©coule la proposition de Claude de travailler sur un sujet pendant plusieurs sÌ©ances. Pour commencer, il avance la problÌ©matique " Texte et Son ". Jean Ì©voque le cinÌ©ma abstrait et le cinÌ©ma expÌ©rimental, notamment l¥úanti-filme de Marguerite Duras (la bande d¥úimages est vide, n¥úest prÌ©sente que la bande son). C¥úest le mÌ»me cas de figure dans l¥úhypertexte noir (les sons sont dÌ©clenchÌ©s par les dÌ©placements de la souris) que l¥úon retrouve sur le site
http://www.panoplie.org/. Dans le " Conte ÌÊ votre fa̤on " de Queneau dans le CD-rom d¥úAntoine Denize, on clique non pas sur des images mais sur le son. Jean Ì©met l¥úhypoth̬se que le mouvement dans la mise en sc̬ne de la poÌ©sie visuelle Ì©quivaut l¥úintonation dans l¥úinterprÌ©tation du po̬te ÌÊ haute voix, sa prÌ©sence.
C¥úest la premi̬re revue de littÌ©rature informatique (animÌ©e par Philippe Bootz) apparue il y a 10 ans, d¥úabord sur disquettes, ÌÊ partir du numÌ©ro 10 - sur CD-rom. Pour commander un numÌ©ro ou s¥úabonner, e-mail :
motsvoir@aol.com, adresse : 27 allÌ©e des Coquelicots F-59650 Villeneuve d¥úAscq.Les po̬mes ne sont pas interactifs, le dÌ©roulement de la mise en sc̬ne est assez lent (par rapport ÌÊ la vitesse normal de lecture), le rythme est imposÌ© au lecteur-spectateur. Les po̬mes jouent sur les couleurs, les polices, le mouvement, ils sont accompagnÌ©s par un texte rÌ©citÌ© (pas toujours le mÌ»me que celui qui dÌ©file) ou bien des bruits divers. Certains sont des installations filmÌ©es.
Paradoxalement, certains po̬mes se dÌ©roulent dans une linÌ©aritÌ© plus grande que sur papier : une seule ligne dÌ©file, il faut donc retenir le dÌ©but du texte qui ne tient pas enti̬rement sur l¥úÌ©cran.
Thierry Giacomino propose d¥úutiliser ces po̬mes comme un Ì©cran de veille, usage qui rejoint l¥úinformatique domotique.
Cette superbe publication con̤ue par Pierre Fourny comprend un CD-rom, un livre qui expose la th̩orie de la police coupable et un Errata, en soi un autre livre.
La police coupable est une police de caract̬re propriÌ©taire telle que la moitiÌ© supÌ©rieure d¥úune lettre peut s¥úaccorder avec plusieurs moitiÌ©s infÌ©rieures diffÌ©rentes, de sorte que diverses permutations de mots dans l¥úespace deviennent possibles, dans l¥úesprit des ambigrammes, la dimension dynamique ajoutÌ©e (au passage, le site "LittÌ©ratures cachÌ©es" a une partie consacrÌ©e aux ambigrammes :
Site Web :
http://www.alis-fr.com/, rubrique " CD-rom ".
Cet hypertexte litt̩raire de fiction cr̩̩ par Anne-C̩cile Brandenbourger existe au moins en 3 versions diff̩rentes. Initialement publi̩es sur le Web (site
http://www.anacoluthe.com/), les " Apparitions inquiÌ©tantes " ont fait ensuite objet de travail Ì©ditorial chez la maison d'Ì©dition 00h00 qui a proposÌ© l'hypertexte dans sa version numÌ©rique au format PDF (notamment sur les e-book visibles au cours du dernier Salon du Livre). Mais on peut, comme de coutume, commander aussi la version papier sur le site http://www.00h00.com/. De sorte, cet hypertexte est exemplaire du passage ÌÊ la littÌ©rature hypertextuelle numÌ©rique. Il assure encore la lecture sur le support traditionnel tout en Ì©tant, par sa gen̬se, sa forme et son fonctionnement, une ãuvre non-linÌ©aire. Anne-CÌ©cile Brandenbourger remarque d'ailleurs dans " Internet c¥úest l¥úavenir " (recueil "Comment lira-t-on demain " publiÌ© chez 00h00 pour le Village e-book du Salon du Livre) qu'elle a dÌÈ prÌ©ciser son projet en vue de la publication chez 00h00, en Ì©liminant le flou qui accompagnait la premi̬re Ì©tape de sa crÌ©ation sur le Web.Plusieurs problÌ©matiques font jour dans la discussion concernant ce titre :
Dispositif de lecture
La question du dispositif de lecture se pose aussitÌ«t, puisqu¥úil dÌ©termine le dÌ©roulement de lecture et le(s) parcours. La majoritÌ© du groupe a lu (plutÌ«t " parcouru ", ce caract̬re partiel de lecture est d¥úailleurs ÌÊ mettre en rapport avec le support) les " Apparitions " sur l¥úÌ©cran, en format PDF. Tout le monde a remarquÌ© la relative rigiditÌ© du dispositif qui consiste en l'impossibilitÌ© de revenir sur ses pas (ÌÊ la page lue prÌ©cÌ©demment), manãuvre devenu familier aux usagers des navigateurs Web. En ce qui concerne la version numÌ©rique PDF, on a rÌ©pertoriÌ© plusieurs fa̤ons simples d¥úavancer (se dÌ©placer serait plus juste car dans un hypertexte il n¥úy a pas toujours une seule direction vers une seule fin). Le parcours proposÌ© par l¥úauteur correspond ÌÊ l¥úordre de brochage de la version papier (page 1, 2, 3, 4 etc.) et reste un parcours de rep̬re (" comme ̤a, on est sÌÈr d¥úavoir tout lu "). Jean ClÌ©ment compare la version papier ÌÊ la soluce d¥úun jeu vidÌ©o ¥ã parcours pour les paresseux. A chaque page de la version PDF cet ordre est symbolisÌ© par une fl̬che cliquable. La page en cours est discr̬tement signalÌ© dans Acrobat Reader dans la barre en bas ÌÊ droite (p.ex. 5 de 252). La seconde possibilitÌ© de lecture est de suivre les liens hypertextes prÌ©sents dans le texte ou sur l¥úimage. Evelyne remarque que le cliquage sur les liens est toujours une interruption de lecture.
A part ces deux mani̬res de dÌ©placement, il en existe de plus sophistiquÌ©es, par exemple celle, proposÌ©e par Jean ClÌ©ment, de noter tous les noms de personnages, de faire ensuite une recherche sur chacun de ces noms et de reconstituer l¥úhistoire concernant ce personnage. On peut lire en se donnant le but de savoir qui a tuÌ© le docteur Marbella.
Narration
On en vient donc au probl̬me de narration. Les " Apparitions inquiÌ©tantes " contiennent une vingtaine de personnages, souvent des couples, et une dizaine d¥úhistoires linÌ©aires plus ou moins liÌ©es entre elles. Plusieurs histoires ne sont liÌ©es que faiblement aux autres, voire pas du tout, par exemple l¥úhistoire de cosmonautes dans l¥úespace. Le maillage n¥úest serrÌ© que dans le cas de l¥úenquÌ»te polici̬re. On s¥úinterroge sur la sÌ©mantique du lien. Quelquefois c¥úest l¥úanalogie, certains liens renvoient aux dÌ©finitions, d¥úautres semblent gratuits.
On remarque que le croisement de rÌ©cits est un procÌ©dÌ© classique qui est pratiquÌ© par n¥úimporte quel roman policier, ainsi que dans le cinÌ©ma policier. La seule diffÌ©rence : c¥úest l¥úauteur qui dÌ©finit le rythme de succession d¥úhistoires, alors que dans l¥úhypertexte l¥úordre est rebattu, il est choisi par le lecteur au hasard (il ne sait pas ÌÊ quoi s¥úattendre quand il clique sur un lien). Ainsi, il n¥úy a pas d¥úesthÌ©tique de parcours. Par contre, du point de vue de la rÌ©ception, il a une esthÌ©tique de lecture Ì©laborÌ© grÌ¢ce ÌÊ l¥úordre qui contribue ÌÊ la crÌ©ation de sens.
On note l¥úabsence d¥úincises par rapport ÌÊ un roman classique. Toute page est bifurcation puisqu¥úil est impossible de revenir en arri̬re. Du point de vue du rÌ©cit, le texte qui est donnÌ© doit Ì»tre lu sans pouvoir revenir en arri̬re. Evelyne fait quelques reproches, notamment l¥úabsence d¥úÌ©paisseur dans les parcours, de sens propre ÌÊ un parcours, absence de progression.
Cet hypertexte obÌ©it ÌÊ la loi de lexie ¥ã les fragments qui le constituent sont courts et ne dÌ©passent pas un Ì©cran dans les versions numÌ©riques. La version papier choisit comme support de fragment la page. Chaque page est indÌ©pendante, les phrases ne sont jamais coupÌ©es ÌÊ la fin de la page. A la page suivante on passe ÌÊ une autre histoire, sauf le cas ou une histoire se poursuit sur plusieurs pages (p. 33-34). Cette indÌ©pendance est nÌ©anmoins factice, ce n¥úest pas celle des po̬mes d¥úun recueil qui peuvent Ì»tre lus indÌ©pendamment. L¥úunitÌ© de lecture se rapproche plutÌ«t par son fonctionnement d¥úun chapitre dont le volume serait limitÌ© ÌÊ une page. Qu¥úest-ce qui fait l¥úunitÌ© d¥úun fragment Comme dans le th̢̩tre classique, c¥úest l¥úunitÌ© de lieu, de temps et de personnages. Chaque page est un instantanÌ©, n¥úimporte laquelle entre elles pourrait Ì»tre le dÌ©but d¥úun roman. Dans ce rapport, on se souvient du livre de G. Perec " Incipit " composÌ© rien que de dÌ©buts de romans ; Nadia signale le " Roman idÌ©al " de Max Fray (en russe) composÌ©, quant ÌÊ lui, des derni̬res phrases des romans (une phrase par page) reparties par genres, ãuvre hautement ironique. " Apparitions inquiÌ©tantes " est tout de mÌ»me une ãuvre d¥úimmersion, car les fragments sont suffisamment longs.
En parlant de la construction narrative qui est fonction du travail de lecteur aussi bien que de l¥úauteur, Jean Ì©voque du roman de Xavier Dubrier " Je ne me souvient plus tr̬s bien de ce livre " (disponible en ligne, semble-t-il - ?). X. Dubrier rÌ©-Ì©crit son livre ÌÊ partir d¥úun roman mÌ©diÌ©val japonais qu¥úil a lu il y a 20 ans et qu¥úil a partiellement oubliÌ©. C¥úest donc un point de croisement entre lecture et Ì©criture (comme d¥úailleurs n¥úimporte quel autre livre post-moderne " composÌ© de citations "), une lecture ¥ã Ì©criture endommagÌ©e, dÌ©tÌ©riorÌ©e, affaiblie. Plus exactement, ce roman contient deux histoires ¥ã celle du roman japonais et une histoire contemporaine d¥úune rupture. Ces deux histoires se succ̬dent page par page, mais on peut choisir de n¥úen lire qu¥úune. Jean sugg̬re d¥úaller voir le site
http://www.00h00.com/ pour deux autres hypertextes publiÌ©s ÌÊ la suite des " Apparitions inquiÌ©tantes " dans la collection 2003.Les procÌ©dÌ©s dominants dans les " Apparitions inquiÌ©tantes " sont ceux d¥úun roman policier de gare. Plusieurs participants insistent tout de mÌ»me d¥úavoir discernÌ© une ironie qui dÌ©note l¥úutilisation du pacte gÌ©nÌ©rique au second degrÌ©, l¥úauteur ne semblant pas en Ì»tre dupe. Toutefois, il serait restrictif de dÌ©finir les " Apparitions inquiÌ©tantes " comme un roman policier. Il s¥úagit plus exactement d¥úune hybridation de genres. Outre les histoires polici̬res, on tombe de temps en temps sur des fragments poÌ©tiques composÌ©s d¥úune seule phrase (" Les baleines chantent mieux que toi ", p.115, " La stupeur du hÌ©risson pris dans la lumi̬re des phares ", p. 150), citations (un passage de Moreno, " Bonjour mon ange ", p.23), " guides " qui rappellent les quatri̬mes de couverture (p.ex. p.37), enfin les images dont le rÌ«le n¥úest pas illustratif mais plutÌ«t suggestif (elles sont toutes faites par l¥úauteur dans un mÌ»me style et servent de support de lien). Comme l¥úimplique l¥úemploi de l¥úexpression " expanded works " dans la dÌ©finition de G. Landow, cette hÌ©tÌ©rogÌ©nÌ©itÌ© est caractÌ©ristique de l¥úhypertexte comme genre (ou mÌ©ta-genre).
Temporalit̩
On ne peut parler que d¥úune chronologie relative dans le cas de cet hypertexte ¥ã en effet, quel ordre choisir comme point de rep̬re ? Si l¥úon choisit celui des pages (qui n¥úen est qu¥úun possible), on remarque qu¥úil existe des liens qui dispensent de lire quelques pages. On arrive alors ÌÊ enfiler les bonnes perles pour ne suivre qu¥úune histoire. Mais il se trouve que ce n¥úest pas toujours possible. Les retours chronologiques (analepses) sont faibles.
Pour terminer, Jean ClÌ©ment propose de (re)lire l¥úarticle " Texte " de Rolland Barthes dans Encyclopedia Universalis. Ce dernier re-interpr̬te Julia Kristeva avec ses concepts de phÌ©notexte (texte tel que l¥úauteur l'a Ì©crit) et gÌ©notexte (texte Ì©crit avec l¥úinconscient du lecteur). Rappelons que c¥úest ÌÊ J.Kristeva que les EuropÌ©ens doivent " l¥úadaptation " des concepts de dialogisme et de polyphonie en littÌ©rature de Bakhtine, concepts opÌ©ratoires pour l¥úhypertexte.
L'̩change est rapide, vue l'heure tardive.
Comme l¥úa signalÌ© ÌÊ la sÌ©ance prÌ©cÌ©dente JB, les concepteurs de l¥úe-book Ì©taient pressÌ©s par le Salon du Livre. Les produits qui ont Ì©tÌ© exposÌ©s au Village E-book ne sont donc pas les produits finis, mais des prototypes.
Le reproche principale concerne la lenteur. On note l¥úabsence de fonctionnalitÌ©s habituelles des navigateurs (retour ÌÊ la page vue prÌ©cÌ©demment, etc.). Nadia consid̬re que c¥úest un pas en arri̬re par rapport aux ordinateurs portables, capables de faire dÌ©jÌÊ tant de choses. Jean ClÌ©ment rÌ©torque : c¥úest un pas en avant tout de mÌ»me, du point de vue de l¥úusage. Le public ciblÌ© par l¥úe-book n¥úest pas du tout les gens de l¥úinformatique, c¥úest le lecteur moyen qui a dÌ©jÌÊ du mal ÌÊ se familiariser avec l¥úInternet. La simplification des fonctionnalitÌ©s semble donc Ì»tre une democratisation de ce point de vue.
Affaire ÌÊ suivre.
Prochaine sÌ©ance, 20 avril 2000, ÌÊ 19h30, lieu - ÌÊ prÌ©ciser
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