Présents : Maya Mau, Jamila Jaber, Serge Bouchardon, Oriane Dessiligny,
Nicolas Szilas, Caroline Angé, Estrella Rojas, Frédérique
Mathieu, Jeff Regottaz, Jean Clément , Jean-Hugues Réty
Compte rendu : JHR
--------------
L’exposé d’Oriane est en partie basé sur une communication
dans le cadre du colloque Les écritures d’écran. Histoire,
pratiques et espaces sur le web qui se tiendra à Aix-en Provence la
semaine prochaine (http://www.imageson.org/sommaire586.html).
C’est pour elle l’occasion de présenter un travail visant à
situer les journaux intimes par rapport aux blogs.
Intitulé de l’exposé : Les journaux intimes en ligne
Oriane s’intéresse prioritairement aux journaux intimes qui ne s’inscrivent
pas dans une démarche littéraire. Très proches du journal
intime traditionnel, ils correspondent à un besoin introspectif, de
connaissance de soi, souvent non formalisé.
(A noter que certains préfèrent l’expression « journal
personnel » : pas que du texte, hétérogénéïté...)
Il s’agit d’une forme d’écriture de soi spécifique qui relance
la question de la place du lecteur et de son statut par rapport à
l’écriture intime. Traditionnellement, le lecteur n’est pas intégré
dans le processus d’écriture ; ici, c’est différent.
Oriane cherche des indices permettant de comprendre le statut du lecteur.
Les lecteur sont-ils des destinataires ?
Partie 1 : Différences entre les blogs et les journaux intimes
(en ligne)
Orianne s’intéresse à des blogs dans lesquels le bloggeur se
place dans une démarche introspective.
Mots-clés des blogs : billet (quotidien), date, archive.
Eléments qui rapprochent les blogs des journaux intimes : la date,
l’aspect quotidien ou du moins régulier (pour être lu régulièrement,
il faut alimenter ; être lu : but plus ou moins avoué du bloggeur
de journal intime).
La facilité de mise à jour du blog peut engendrer une écriture
plus proche du bloc note, informelle, alors que le journal intime est rédigé.
Le temps de l’écriture est différent.
Il sagit de deux écritures d’écran qui sont deux formes de
l’écriture de soi.
Journal intime : récit de soi par l’apect narratif et linéaire
; aspire à une forme d’unification → identité narrative de
Ricoeur
Blog : carnet de bord (Exception : le blog « littéréticulaire
» de Patrick Rébollard, le modérateur de LITOR.
C’est à la fois un journal et un blog qui reprend le texte du journal
mais permet les commentaires. Cela donne un statut différent à
son texte.
Les blogs dessinent une personnalité alors que le journal intime définit
le moi.
Le blog a un aspect intertextuel alors que le Journal Intime est le récit
de l’intimité.
Une diférence et dans la volonté de communiquer.
Les blogs font penser à l’Hypomnémata (Michel Foucault). Dans
le contexte de l’antiquité où il fallait faire soi les discours
des anciens, il s’agissait de carnets sur lesquels les gens notaient des
citations, des extraits de discours. C’était extrèmement hétérogène
dans la forme, mais les hypemnémata constituaient une mémoire
matérielle des choses lues, entendues et pensées (Foucault).
Quelques réactions de l’assistance :
JC se demande si on observe le soucis de la mise au propre dans les journaux
intimes sur papier. Il a l’impression que le journal intime est souvent soigné
au niveau de la forme et de l’écriture : cela ne semble pas
un brouillon.
SB rappelle que le lecteur a une activité manipulatoire (par exemple,
en cliquant). Serge pose la question de l’influence de cette manipulation
sur la lecture, sur la position du lecteur.
JHR : Le blog et le journal intime sont deux notions qui ne se situent pas
au même niveau. L’un est un outil, l’autre une écriture. Le
journal intime peut s’inscrire dans un blog ou un autre support. D’où
la proposition de s’intéresser aux questions suivantes :
1. Dans quelle mesure le blog est-il adapté à l’écriture
des journaux itimes ?
2. Dans quelle mesure le blog en tant qu’outil induirait-il une écriture
qui se rapprocherait de celle du journal intime ?
JR : on peut cependant se demander si le passage au blog ne s’est pas fait
tout simplement par facilité technique, le blog proposant un outil
d’administration et de mise en ligne simple et facile d’accès.
Il sera intéressant d’étudier les journaux intimes (leur nombre,
les raisons et modalités de ce passage) qui passent au blog au fil
des années. Certains l’ont déja fait. D’autres tiendront au
support de la page Web.
JC propose de faire le lien avec les écrivains qui tiennent par exemple
à la plume. A ce sujet : aller voir le colloque textes et ordinateurs.
OD s’est aussi intéresée à la question des traces directes
d’adressage au lecteur. Elle en a trouvé dans presque tous les journaux
intimes. Il y en a beaucoup dans le journal intime papier. Il y a une proximité
entre la lettre et le journal intime
OD : Il n’y a pas d’écriture de soi sans intégration de l’autre.
Le numérique exacerbecette dimension. Le régime interlocutoire
est toujours présent.
OD rappelle aussi que toute la littérature existante sur le
journal intime est liée à des journaux publiés. Les
journaux intimes en ligne qu’elle étudie s’inscrivent dans un contexte
complètement différent d’auto-exposition sur le Web.
Partie 2 : la question du destinataire dans le journal intime
Le journal intime en ligne interroge la fonction énonciative du texte
intime en remettant en question le schéma traditionnel d’un écrit
pour soi dans lequel l’autre est tenu à distance.
Les lecteurs en sont-ils les destinataires ? Il s’agit d’une approche philosophique.
Oriane se réfère à la Carte Postale de Derrida. Derrida
mène une réflexion sur la destination d’un texte. La Carte
Postale est la métapohre de tout texte : face publique, face privée.
Mais la face privée est lisible par n’importe qui. « A qui et
pour envoyer, expédier quoi, à quelle adresse ? ». La
question de la destination n’est pas résolue : la véritable
destination d’un texte est-elle aussi évidente qu’on veut le faire
croire ?
Derrida évoque aussi le jeu de la bobine de Freud. Un petit
garçon compense l’absence de sa mère par un jeu qui consiste
à lancer un objet (une bobine).
Le jeu de la bobine comme le modèle de la tenue à distance
du destinataire. Jeu d’absence et de présence du destinataire. «
je n’ai pas besoin de toi, c’est moi qui t’envoie promener » «
le petit garçon se fait apparaître et disparaitre lui-même
».
De même que le scripteur d’une lettre écrit à quelqu’un,
précisément parce qu’il n’est pas là,
celui à qui on écrit n’est pas forcméent celui à
qui est destiné le texte. Le journal intime peut apparaitre comme
quelque chose de destiné à un autre que soi.
Oriane veut faire porter le soupçon sur le destinataire d’un texte,
soupçon qui serait amplifié par le numérique.
Hypothèse : Le jeu de la bobine peut être tenu comme modèle
de la tenue à distance du destinataire (pas seulement dans le numérique).
Propositions :
· Le journal intime en tant qu’écriture de
soi aspire à une certaine forme de connaissance de soi qui sollicite
l’autre, le lecteur.
· La figure qui surgit en creux du texte intime,
celle que le texte appelle, n’est peut-être pas celle du diariste mais
celle d’un destinataire autre que soi ?
· Le journal intime est-il un moyen de communication
?
Quelques réactions de l’assistance :
SB : Le journal intime n’est-il pas aussi un moyen de devenir auteur, de
rentrer dans une communauté ?
JC : Toute écriture postule un destinataire. Le journal intime permet
de généraliser cela car si c’est vrai pour le journal intime,
c’est vrai pour les autres genres.
OD : Dans le blog, le destinataire laisse des traces dans le texte alors
que dans le journal intime la trace du destinataire peut être inscrite
dans le texte.
SB indique à l’assistance un hypertexte dans lequel on clique sur
des mots écrits dans la couleur de fond, dont invisibles : Les pages
blanches, 1995, Mark Etctera, Groupe Cybertexte. Réunion du 12 mai
2005 chez Estrella Rojas.
Au programme : exposé d’Oriane
Présents : Maya Mau, Jamila Jaber, Serge Bouchardon, Oriane Dessiligny,
Nicolas Szilas, Caroline Angé, Estrella Rojas, Frédérique
Mathieu, Jeff Regottaz, Jean Clément , Jean-Hugues Réty
L’exposé d’Oriane est en partie basé sur une communication
dans le cadre du colloque Les écritures d’écran. Histoire,
pratiques et espaces sur le web qui se tiendra à Aix-en Provence la
semaine prochaine (http://www.imageson.org/sommaire586.html). C’est pour
elle l’occasion de présenter un travail visant à situer les
journaux intimes par rapport aux blogs.
Intitulé de l’exposé : Les journaux intimes en ligne
Oriane s’intéresse prioritairement aux journaux intimes qui ne s’inscrivent
pas dans une démarche littéraire. Très proches du journal
intime traditionnel, ils correspondent à un besoin introspectif, de
connaissance de soi, souvent non formalisé.
(A noter que certains préfèrent l’expression « journal
personnel » : pas que du texte, hétérogénéïté...)
Il s’agit d’une forme d’écriture de soi spécifique qui relance
la question de la place du lecteur et de son statut par rapport à
l’écriture intime. Traditionnellement, le lecteur n’est pas intégré
dans le processus d’écriture ; ici, c’est différent.
Oriane cherche des indices permettant de comprendre le statut du lecteur.
Les lecteur sont-ils des destinataires ?
Partie 1 : Différences entre les blogs et les journaux intimes (en
ligne)
Orianne s’intéresse à des blogs dans lesquels le bloggeur se
place dans une démarche introspective.
Mots-clés des blogs : billet (quotidien), date, archive.
Eléments qui rapprochent les blogs des journaux intimes : la date,
l’aspect quotidien ou du moins régulier (pour être lu régulièrement,
il faut alimenter ; être lu : but plus ou moins avoué du bloggeur
de journal intime).
La facilité de mise à jour du blog peut engendrer une écriture
plus proche du bloc note, informelle, alors que le journal intime est rédigé.
Le temps de l’écriture est différent.
Il sagit de deux écritures d’écran qui sont deux formes de
l’écriture de soi.
Journal intime : récit de soi par l’apect narratif et linéaire
; aspire à une forme d’unification → identité narrative de
Ricoeur
Blog : carnet de bord (Exception : le blog « littéréticulaire
» de Patrick Rébollard, le modérateur de LITOR.
C’est à la fois un journal et un blog qui reprend le texte du journal
mais permet les commentaires. Cela donne un statut différent à
son texte.
Les blogs dessinent une personnalité alors que le journal intime définit
le moi.
Le blog a un aspect intertextuel alors que le Journal Intime est le récit
de l’intimité.
Une diférence et dans la volonté de communiquer.
Les blogs font penser à l’Hypomnémata (Michel Foucault). Dans
le contexte de l’antiquité où il fallait faire soi les discours
des anciens, il s’agissait de carnets sur lesquels les gens notaient des
citations, des extraits de discours. C’était extrèmement hétérogène
dans la forme, mais les hypemnémata constituaient une mémoire
matérielle des choses lues, entendues et pensées (Foucault).
Quelques réactions de l’assistance :
JC se demande si on observe le soucis de la mise au propre dans les journaux
intimes sur papier. Il a l’impression que le journal intime est souvent soigné
au niveau de la forme et de l’écriture : cela ne semble pas
un brouillon.
SB rappelle que le lecteur a une activité manipulatoire (par exemple,
en cliquant). Serge pose la question de l’influence de cette manipulation
sur la lecture, sur la position du lecteur.
JHR : Le blog et le journal intime sont deux notions qui ne se situent pas
au même niveau. L’un est un outil, l’autre une écriture. Le
journal intime peut s’inscrire dans un blog ou un autre support. D’où
la proposition de s’intéresser aux questions suivantes :
1. Dans quelle mesure le blog est-il adapté à l’écriture
des journaux itimes ?
2. Dans quelle mesure le blog en tant qu’outil induirait-il une écriture
qui se rapprocherait de celle du journal intime ?
JR : on peut cependant se demander si le passage au blog ne s’est pas fait
tout simplement par facilité technique, le blog proposant un outil
d’administration et de mise en ligne simple et facile d’accès.
Il sera intéressant d’étudier les journaux intimes (leur nombre,
les raisons et modalités de ce passage) qui passent au blog au fil
des années. Certains l’ont déja fait. D’autres tiendront au
support de la page Web.
JC propose de faire le lien avec les écrivains qui tiennent par exemple
à la plume. A ce sujet : aller voir le colloque textes et ordinateurs.
OD s’est aussi intéresée à la question des traces directes
d’adressage au lecteur. Elle en a trouvé dans presque tous les journaux
intimes. Il y en a beaucoup dans le journal intime papier. Il y a une proximité
entre la lettre et le journal intime
OD : Il n’y a pas d’écriture de soi sans intégration de l’autre.
Le numérique exacerbecette dimension. Le régime interlocutoire
est toujours présent.
OD rappelle aussi que toute la littérature existante sur le
journal intime est liée à des journaux publiés. Les
journaux intimes en ligne qu’elle étudie s’inscrivent dans un contexte
complètement différent d’auto-exposition sur le Web.
Partie 2 : la question du destinataire dans le journal intime
Le journal intime en ligne interroge la fonction énonciative du texte
intime en remettant en question le schéma traditionnel d’un écrit
pour soi dans lequel l’autre est tenu à distance.
Les lecteurs en sont-ils les destinataires ? Il s’agit d’une approche philosophique.
Oriane se réfère à la Carte Postale de Derrida. Derrida
mène une réflexion sur la destination d’un texte. La Carte
Postale est la métapohre de tout texte : face publique, face privée.
Mais la face privée est lisible par n’importe qui. « A qui et
pour envoyer, expédier quoi, à quelle adresse ? ». La
question de la destination n’est pas résolue : la véritable
destination d’un texte est-elle aussi évidente qu’on veut le faire
croire ?
Derrida évoque aussi le jeu de la bobine de Freud. Un petit
garçon compense l’absence de sa mère par un jeu qui consiste
à lancer un objet (une bobine).
Le jeu de la bobine comme le modèle de la tenue à distance
du destinataire. Jeu d’absence et de présence du destinataire. «
je n’ai pas besoin de toi, c’est moi qui t’envoie promener » «
le petit garçon se fait apparaître et disparaitre lui-même
».
De même que le scripteur d’une lettre écrit à quelqu’un,
précisément parce qu’il n’est pas là,
celui à qui on écrit n’est pas forcméent celui à
qui est destiné le texte. Le journal intime peut apparaitre comme
quelque chose de destiné à un autre que soi.
Oriane veut faire porter le soupçon sur le destinataire d’un texte,
soupçon qui serait amplifié par le numérique.
Hypothèse : Le jeu de la bobine peut être tenu comme modèle
de la tenue à distance du destinataire (pas seulement dans le numérique).
Propositions :
· Le journal intime en tant qu’écriture de
soi aspire à une certaine forme de connaissance de soi qui sollicite
l’autre, le lecteur.
· La figure qui surgit en creux du texte intime,
celle que le texte appelle, n’est peut-être pas celle du diariste mais
celle d’un destinataire autre que soi ?
· Le journal intime est-il un moyen de communication
?
Quelques réactions de l’assistance :
SB : Le journal intime n’est-il pas aussi un moyen de devenir auteur, de
rentrer dans une communauté ?
JC : Toute écriture postule un destinataire. Le journal intime permet
de généraliser cela car si c’est vrai pour le journal intime,
c’est vrai pour les autres genres.
OD : Dans le blog, le destinataire laisse des traces dans le texte alors
que dans le journal intime la trace du destinataire peut être inscrite
dans le texte.
SB indique à l’assistance un hypertexte dans lequel on clique sur
des mots écrits dans la couleur de fond, dont invisibles : Les pages
blanches, 1995, Mark Etctera, http://archives.cicv.fr//HYP