Groupe de travail

"Écritures Hypertextuelles"

Compte-rendu - 23 mars 1998

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Présents

BROUDOUX Evelyne - CLEMENT Jean - CONAN Anne - DALL'ARMELLINA Luc - DUBARRY Philippe - GHARSALLAH Medhi - LIÉGEOIS Catherine - OGÉ Valerie - REGNAUT Fabienne - TÓTH András

 Secrétaire de séance : András Tóth

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Sommaire
Pour la prochaine fois: programme et devoirs Questions relatives à la gestion du site Actualités Commentaires sur l'exposé d'Evelyne L'influence du dispositif sur la narration
La notion du paratexte Temporalité et structuration de la fiction Le style dans la fiction interactive Les dispositifs de création Oeuvres citées en comparaison Commentaires sur l'exposé de Luc Les lieux d'écriture du réseau
Dé- et recontextualisation par les technologies La cyberdémocratie et la censure Typologies et exemples de traces Les autres chapitres du DEA de Luc

Pour la prochaine fois: programme et devoirs

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Philippe: annonce que suite à des problèmes professionnels il ne pourra pas participer au deux séances suivantes. Donc, il ne peut pas faire son exposé non plus.

Programme pour la semaine prochaine:

Jean insiste sur la nécessité d'une discussion qui impliquerait plus les membres du groupes. Il propose la formule des exposés transversaux, que l'on appliquera à l'article de Mehdi la semaine prochaine. Tout le monde devra lire le texte et établir sa propre problématique là-dessus, ainsi on assurera une plus grande interaction lors de la discussion.

Mehdi: Demande où on pourrait trouver des textes numérisés sur le réseau.
On décide d'établir une liste des sites qui les collectionnent.

On se met d'accord que le secrétaire de la séance n'enverra plus le texte de son compte rendu en mél à tous les participants, mais le mettra directement sur le site du groupe. Quand cela est fait, il fera signe à tout le monde par mél.

Chacun devra aussi envoyer un mél aux autres avec la liste de tous les livres, CD-ROM et logiciels qu'il possède en rapport avec notre groupe et qu'il serait prêt à prêter.

Questions relatives à la gestion du site

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Problèmes d'alimentation des pages dédiées à notre groupe sur le site du département:
L'incident qu'avait prévu András la semaine passée s'est produit depuis. Le scénario était le suivant:
  1. Luc télécharge les pages du site pour les modifier sur sa machine. Jean fait de même.
  2. Jean recharge le fichier modifié sur le site.
  3. Luc, ne se rendant pas compte que le site a été modifié depuis sa dernière visite, remplace la version de Jean du fichier par le fichier comportant ses modifications à lui.
Résultat: les modifications de Jean sont perdues.

La seule manière de remédier à ce problème, c'est d'appointer une personne qui prendra en charge la gestion des modifications portées aux pages. András s'est proposé pour cette tâche.
Désormais, si un membre du groupe désire ajouter ou modifier quelque chose, la procédure à suivre est la suivante:

Modification d'une page existante

  1. Téléchargement sur votre machine des fichiers des pages à modifier.
  2. Modification des fichiers.
  3. Envoi des fichiers par courrier électronique au responsable (actuellement András Andras.Toth@wanadoo.fr) avec dans le mél la description précise et complète des changements apportés aux fichiers en question.
  4. Le responsable rechargera les fichiers sur le site en combinant vos modifications avec celles des autres (voilà pourquoi il est nécessaire de préciser ce que vous avez modifié).

Il est à noter toutefois qu'au niveau de la mise en page, le responsable de la gestion n'entreprendra que des opérations copier-coller nécessaires à l'administration d'éventuelles modifications simultanées. C'est vous qui devez faire tout formatage préalable, seuls des fichiers HTML prêts à être rechargés seront acceptés.

Ajout d'une nouvelle page

Si vous voulez intégrer un nouveau document au site, vous pouvez le charger directement sur le serveur. Il suffit de signaler alors au responsable l'endroit où vous voulez le placer dans la structure du site, il effectuera lui-même les changements dans les frames servant de tables de matières.

Actualités

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Catherine montre le mémoire de DEA de Janique qui est en rapport avec notre discussion sur le jeu Myst (elle en parle aussi).
Laudouar, Janique: L'interactivité - de l'outil au médium
Directeur de recherche: Jean-Noël Darde
DEA option Enjeux Sociaux des Technologies de la Communication
1995-96

Commentaires sur l'exposé d'Evelyne
L'influence du dispositif sur la narration

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La notion du paratexte

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Jean trouve que le fait de mentionner paratexte et péritexte dans l'exposé est un peu gratuit, dépourvu de sens. Discussion sur le rôle du paratexte de l'auteur dans les hypertextes. Problématique de l'identification de l'auteur d'un paratexte est plus aigüe à l'écran que sur papier: qui a écrit quoi?
Evelyne: fait référence à un texte du livre Banques de données et hypertextes pour l'étude du roman (PUF écritures électroniques) évoquant les préfaces de beaucoup de romans au dixhuitième siècle : on pouvait y lire que l'auteur avait reću le contenu de son livre de quelqu'un, ou qu'il avait trouvé un manuscrit etc. Les gens étaient très crédules à l'époque, mais cela ne les trompaient pas: ća fonctionnait plutôt comme un déclic de fiction genre 'il était une fois'.
Jean: Il pouvait y avoir aussi une raison politique à cela. Exemple d'un texte d'Aragon peu avouable. Est-ce que le rôle du paratexte est différent en fiction interactive?
Luc: aime la notion du lecteur complice.
Anne: trouve que la complicité manque justement des environnements interactifs d'aujourd'hui.
Evelyne: cite un site qui s'appellle Solliloque où le paratexte est très important.

Temporalité et structuration de la fiction

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Anne: Demande ce qu'Evelyne entend par temporalité de l'histoire.
Evelyne: C'est le temps de l'action. Ne fonctionne que quand il y a un début et une fin. Elle cite comme exemple sa fiction intitulée "Un dada peut en cacher un autre" basée sur le concept du Rubik-cube. La temporalité ici est située dans le présent très vague pour rendre possible toutes les combinaisons. Elle décrit la notion du présent ethnographique qui consisterait à montrer l'action de tous les jours continuellement, sans les raccourcis et ellipses habituels de la narration.
Jean: Le problème vient plutôt de la distinction entre histoire et narration. En fiction interactive, la narration n'existe plus en tant qu'une manière possible de raconter une histoire. Traditionnellement, dans une narration on raconte quelque chose qui s'est déjà passé, alors que dans l'interactivité, il n'y a pas d'histoire en dehors de celle construite par la lecture de l'utilisateur.
Fabienne explique la différence entre temps du récit et temps de l'histoire selon la théorie de Genette.
Catherine: mais l'ensemble des narrations possibles forme quand-même une histoire dans la fiction interactive?
Jean: La question est complexe. Dans les romans, il faut avoir lu la narration pour connaître l'histoire, l'histoire est une entité distincte. En transposant le roman en film, l'histoire reste intacte d'habitude. Alors que dans l'interactivité, chaque narration produit une histoire différente. Tous les lecteurs ont lu des histoires différentes. Il y aurait une expérience intéressante à faire: faire lire à tout le monde une fiction interactive, et puis leur demander de résumer l'histoire. Ce ne devrait pas produire la même chose.
Fabienne: Dans le cas des méls, pas la peine de rappeler le contexte, c'est ća qui est révolutionnaire. Peut-être que l'appareillage du roman peut être aussi abandonner, au cinéma, les images communiquent d'une faćon plus rapide.
Jean: Le rapport entre description et temps de description est intéressant. Chez Flaubert, la simple apparition d'un personnage sur scène peut prendre dix pages, alore qu'en réalité c'est instanstanée. Comment rendre tout le contenu de la description en film?
Catherine: cite l'exemple des romans de Durel où il faut six romans pour reconstituer la même histoire.
Fabienne: C'est le Quatuor d'Alexandrie (donc 4 romans et pas 6) fonctionnant chacun comme un tiroir de la même histoire - autrement dit chacun de ces quatre romans raconte la même histoire mais du point de vue d'un autre personnage.
Valérie: Il y aurait deux possibilités en hypertexte
- points de vue différents sur la même histoire, présentés en fragments
- pas d'histoire du tout, c'est-à-dire une histoire différente à chaque lecture
Jean: dans 20% d'amour de plus, il y a une arborescence linéaire qui malgré ća produit 84 fins possibles. On part du même point et on ne sait pas où on arrivera. A l'opposé, il y a le modèle fragmenté, avec des bribes pour reconstituer à chaque fois une histoire différente, mais dans le même univers. Comme dans le concept de Rubik-cube appliqué à la fiction interactive.
Valérie: Son Mme.K, c'est un exemple de cette méthode.
Evelyne: Tout ća c'est bien beau mais dans un cas pareil le dispositif de présentation doit faire au moins autant de sens que les fragments même.
Mehdi: La visualisation d'un hypertexte est plus une expérience qu'une lecture.
Luc: partage cet avis, il s'agit plus d'une immersion dans un monde. Dans un roman, il est facile de trouver un référent commun, c'est l'histoire. En hypertexte, c'est l'ambiance, les personnages, les situations qui doivent servir de référence.
Jean: le type d'hypertexte qu'il choisira dépend des intentions de l'auteur. Dans 20% d'amour, la motivation c'est de pouvoir vivre plusieurs histoires à la fois, l'illusion d'avoir plusieurs vies à travers un roman arborescent. Dans un cas pareil, le romancier traditionnel écrit plusieurs romans. Dans l'hypertexte, au lieu de faire le choix lui-même, il le laisse au lecteur.
Mehdi: Souligne l'obligation du choix pour un auteur traditionnel. Tous les trois pages, il doit en faire un.
Jean: L'autre pôle, ce serait les courants littéraires plus récents qui refusent la nécessité de l'histoire (Pérec, Robbe-Grillet etc.). La narration n'a pas besoin d'histoire, elle peut tourner autour d'une histoire qui n'existe pas. Ceci a causé tout un renouveau de l'écriture. Il cite Michael Joyce avec l'hypertexte Afternoon, a story, mais on peut remonter jusqu'à Ulysse de James Joyce.
Fabienne: On y comprend rien, mais on reste captivé parce que c'est fascinant. Il ne faut pas chercher l'histoire.
Jean: La fiction interactive n'a pas encore choisi entre les deux tendances, c'est-à-dire les histoires multilinéaires et les tentatives d'éviter l'histoire.
Luc: Où classer les générateurs de texte de Jean-Pierre Balpe? Cela constitue peut-être un cas limite ou en tous cas trop particulier dans l'optique de sa recherche sur la trace.
Fabienne: C'est quoi une histoire?
Jean: āa a une durée, un début et une fin et on peut la raconter.
Luc: Mais la lecture même est toujours linéaire!
Jean: La lecture oui, mais l'écriture pas nécessairement. La lecture linéaire peut très bien recréer une histoire non linéaire.

Le style dans la fiction interactive

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Fabienne: Peut-on reconnaître un style d'écriture dans un hypertexte? Le style ne se perd-t-il pas, ne laissant que l'action?
Négation générale.
Mehdi: Justement, l'action est difficile à décrire. C'est plutôt des états d'âme, des situations. Si on veut avoir de l'action, on retombe dans la linéarité rapidement. C'est le lecteur qui donne sens en lisant les fragments.
Jean: C'est pourquoi on connaît bien les limites de l'hypertextualisation d'oeuvres existantes.
Valérie: On pourrait dire que c'est plutôt un rythme qui s'établie.
Jean: Il y a un côté musical du texte, que les surréalistes ont déjà remarqué. Ils condamnent les romans, ils les déconstruisent au profit d'un récit poétique. Une nouvelle écriture qui est entre journal, errance, réflection, tel que Nadja de Breton. L'hypertexte le plus moderne se situerait plutôt dans cette direction-là. Un affaiblissement de la narration au profit de la poésie. Dans Nadja, on observe même une volonté multimédia avec les photos et dessins insérés par l'auteur. L'hypertexte est héritier de cette déconstruction du récit. On peut penser aussi au de Lucie de Boutigny.

Les dispositifs de création

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Mehdi: à propos des logiciels de création de fiction décrits par Evelyne, il cite Apple Mediatools qui unie les avantages de Director et de Storyspace.
Philippe: parle de mTropolis qui serait lui aussi un logiciel très performant parce que les éléments peuvent évoluer complètement indépendemment si on le veut, sans hiéarchie. Aussi, le composant temporel qui castre Director y est absent. Et puis, souplesse de l'écriture sans maniement du code.
Voici ce qu'il en dit lui-même en réponse à une demande de précisions:
"mTropolis (se dit Métropolis) est un logiciel qui autorise à des non-développeurs d'accéder à une écriture si évoluée qu'elle a fini par par donner au logiciel la position de challenger à Director, alias Dictator. J'arrête ici l'emphase... Plus de "time-line", mTropolis est résolument orienté objet, peut-être de manière un peu trop rigide. La logique linéaire et temporelle de Director est ici battue en brèche : le facteur temps est spécifique à chaque objet, et chacun d'eux peut interagir avec d'autres en fonction de l'évolution des autres éléments. Je pense que ce logiciel, avec une grande expérience et une bonne imprégnation de sa logique, peut mener à une écriture totalement nouvelle et plus intuitive. J'en profite ici pour répéter et même marteler ce qui, quand on y réfléchit un tant soi peut, peut passer pour une évidence: l'outil influe sur l'écriture, et ce de manière dictatoriale mais imperceptible pour l'auteur, une remarque déjà faite lors d'une conférence au CNAM, bizarrement passée inaperćue, mais l'est-ce tant que ća... Pour ce qui est du code, il n'est pas si absent que promis, une programmation raffinée et complexe nécessite des scripts très fréquents et la réalisation de nouveaux modificateurs de réelles connaissances en C++."
Fabienne: HTML 4 permet aussi des choses assez perfectionnées au niveau du placement des images par exemple.

Oeuvres citées en comparaison

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Jean: parle d'une installation de Masaki Fujihata intitulée Beyond pages citée dans le livre Cyberculture de Pierre Lévy.

Evelyne: cite le film Amsterdam Global Village. Ici, des histoires d'étrangers habitants à Amsterdam sont racontées avec comme seul fil qui les relie un coursier qui parcours la ville en leur rendant visite.
Valérie: Quel est le sens du film alors?
Jean: L'idée c'est de présenter le côté cosmopolite de la ville à travers tout ća.
Valérie: Un peu comme dans La vie: mode d'emploi de Pérec?
Evelyne: Oui, sauf qu'ici l'immeuble devient un coursier.

Fabienne: décrit une installation de Luc Courchesne intitulée Salon des Ombres au Festival Exit de Créteil qui consiste en un dialogue assez plat avec un personnage virtuel projeté devant nous. Il y a quatre paires utilisateur/console dans la salle, et si on choisit des questions et des réponses trop banales, on perd contrôle et les quatre personnages virtuels vont se dialoguer entre eux-mêmes.

Commentaires sur l'exposé de Luc
Les lieux d'écriture du réseau

Dé- et recontextualisation par les technologies

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Anne: demande qu'on lui explique la phrase suivante dans le texte de Luc:
"Subsistant hors de leurs conditions d'émission et de réception, les messages écrits se tiennent 'hors contexte'. Cet 'hors contexte' - qui ne relève d'abord que de l'écologie des médias et de la pragmatique de la communication - a été légitimé, sublimé, intériorisé par la culture. Il deviendra le noyau d'une certaine rationalité et mènera finalement à la notion d'universalité."
Jean: il s'agit de la décontextualisation de tout texte en passant de la phase orale de l'humanité à l'écrit, ce qui a permis l'émergence des modèles de connaissances basés sur des vérités absolues etc., voir à ce sujet les livres de Pierre Lévy, par exemple Les technologies de l'intelligence chapitre II "Les trois temps de l'esprit: l'oralité primaire, l'écriture et l'informatique" p 87 Editions la Découverte 1990.
Le courrier électronique par contre recontextualise l'écrit.
Jean: En réaction aux méls enmêlés dans les listes de discussion cités par Luc , il précise que l'effet de recontextualisation des messages sur Internet est aussi renforcé par la durée limitée de leur présence sur les forums, au bout de laquelle elles sont retirées.
Mehdi: Le retour à certaines caractéristiques de l'oralité dans les méls est marqué aussi par les abbréviations et la négligence par rapport à l'orthographe.
András: Raconte qu'en utilisant la technique des réponses emmêlées dans sa correspondance avec son frère à Budapest, ce dernier lui a reproché de ne pas écrire des lettres normales mais de se contenter simplement de réagir à ses textes. Sentiment de frustration qui est peut-être expériencée par d'autres novices sur le réseau.

La cyberdémocratie et la censure

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Jean: Au sujet des cartes postales de pétition citées par Luc, il énumère les catégories de la communication: à côté des habituels "un pour un", "un pour tous", "tous pour tous", dans ce cas, on a "tous pour un" - pour une cause commune. En effet, la cyberdémocratie de Pierre Lévy est déterminée par le fait que tout le monde peut émettre vers tout le monde.

Mehdi: Au sujet des expériences de "téléconvivialité" de France Télécom à la fin des années 70, il remarque que l'esprit "seventies", "hippie", "commune" est très présent sur Internet qui reflète la mentalité de la génération qui l'a créé.
Jean: Cite comme exemple la procédure de vote pour établir de nouveaux forums de messagerie.
András: Note qu'il y a quand même une tendance vers la commercialisation et vers la réglementation aujourd'hui. Cite comme exemple le système d'enregistrement des noms de domaine *.ca au Canada, qui jusqu'ici était géré gratuitement par un professeur à l'Université de la Colombie Britannique, alors que très bientôt le système passera dans les mains de corporations nationales et internationales et le tout deviendra une affaire d'argent.
Catherine: Est-ce qu'il est possible d'injurier les autres pour les secouer sur Internet?
Mehdi: Oui, ća existe dans les babillards (chatroom), on peut même virer quelqu'un de la discussion si on est assez haut dans la hiérarchie et on en a le droit. Il y a aussi la notion de "flame" qui consiste faire exploser la boîte à lettre de ceux que l'on veut punir en leur envoyant des milliers de messages. āa se fait régulièrement pour donner une lećon aux envoyeurs de messages publicitaires (junkmail).
Jean: Les protestations qui mettent en danger la démocratie (principe de base d'Internet) sont vite éliminées en général.
András: A l'exception des sites politiquement incorrects censurés par le gouvernement d'un pays, qui résurgissent sur des sites miroirs partout dans le monde. La liberté de la parole est considérée la chose la plus importante sur Internet, même au prix de devoir cohabiter avec des opinions extrémistes. Il n'est pas rare de voir des sites anarchistes reprendre le matériel de sites d'extrême droite censurés. Il ne le font pas parce qu'ils sont d'accord avec le contenu mais parce qu'ils sont contre toute censure.
Jean: C'est plutôt à l'intérieur des forums de messagerie que l'auto-censure se réalise. Pensons aux forums au contenu non conventionnel ou douteux regroupés sous le domaine alt.

Typologies et exemples de traces

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Jean: Conseil à Luc: trouver une typologie pour étudier les phénomènes décrits dans son textes, car pour le moment il n'est qu'au niveau de la description.
Luc: Son concept de base qui structurera son mémoire, ce sera la trace laissée par l'internaute. Il se concentrera sur des sites Internet car il trouve que les CD-ROM sont trop fermés de ce point de vue (à part ceux qui communiquent avec le réseau).
Valérie: Mentionne le site autrichien Telegarden où on laisse une trace en plantant une fleur.
Luc: Dans les babillards (chatroom), on observe actuellement une pleine expansion des repésentations visuelles. Par exemple, dans le babillard de Virtual Baguette, il sera bientôt possible d'envoyer des dessins au milieu du texte, par exemple des verres de bière pour "trinquer" ou un bouquet de fleurs. Ce n'est pas encore public mais il a vu ća dans leur système interne. On pourra aussi envoyer notre propre image.
Mehdi: Dans le Deuxième Monde, on retrouve les avatars des personnes avec qui on veut dialoguer dans un univers 3D. Mais le dialogue même se réalise sous format textuel, en bas de l'image. Il y a aussi une nouvelle forme d'espace de discussion réalisée par John Mayda, où on visualise les différents espaces de discussion à l'écran simultanément, car ils sont en caractères minuscules. Les gens se rapprochent avec leur propre texte d'un ou d'autre groupe dans l'espace de l'écran. Pour voir ce qui se passe dans un des groupes, on peut utiliser une loupe pour se rapprocher de sorte que l'on puisse lire le texte.
András: Il a vu un babillard basé sur le concept de la bande dessinée. On a des avatars comme dans le Deuxième Monde, mais ils ressemblent plutôt aux caricatures de la BD humoristique. Il y a aussi une collection de grimaces que l'on peut leur attribuer. Notre texte s'inscrit dans une bulle attachée à notre personnage à l'intérieur d'une case avec un décor quelconque. Quand tout le monde a parlé ou quelqu'un choisit de le faire, on passe à la case suivante, mais la case précédente reste affichée à l'écran. On peut ainsi remonter dans l'interaction à la manière d'une bande dessinée. Il a vu ća dans le journal Cybertown N4 spécial Faites de l'Internet, mais sans aucun commentaire sur l'origine. Dans le coin supérieur gauche de l'illustration, au dessus du menu on peut toutefois distinguer les mots "Quebec - Microsoft Chat".
Jean: propose de mieux définir la notion de trace. C'est ce qui reste quand la chose n'est plus là.
Evelyne: Est-ce que c'est toujours une trace, même quand ce n'est pas signé?
Fabienne: Une trace peut être anonyme, c'est l'idée de base du graffiti. Les formulaires sur Internet rebutent beaucoups, car on perd l'anonymité en les remplissant, mais tout le monde aime exprimer son avis sous forme de graffiti qui reste anonyme.
Jean: Il faut distinguer entre trace que l'on laisse volontairement et involontairement.
Luc: Insiste sur le côté spontané de la trace.
Valérie: Cite l'expo "L'empreinte" à Beaubourg sur la trace en 1997.
Catherine: Distinction entre emprunte et trace.
Jean: Typologie de la trace de sanglier: empruntes, crottes, herbes pliés - branches cassées, signaux de communication entre sangliers. Le chasseur est la personne qui décode tout ća.
Mehdi: Installation au Palais de Tokyo il y a deux ans: un tas de charbon que les visiteurs devaient traverser à pied et qui se déformait au fur et à mesure des itinéraires. Pour lui, ća incarne la notion du réseau hypertextuel et de la trace à la fois.
Fabienne: Mentionne l'expo "Monochromes" de Cornélia Richard-Zimmermann à la Galérie Le Quai (Ecole des Beaux Arts de Mulhouse) dans le cadre de l'Exposition Gémellaire en 1992 avec des tableaux en chocolat accrochés au mur. Les visiteurs étaient invités à manger les tableaux, tandis qu'une caméra cachée filmait leur démarche. Ils s'essuyaient aussi les doigts dans le murs à côté des tableaux. Elle trouve qu'il y avait une écriture dans les traces laissées sur le tableaux et les murs.
Mehdi: Les tags que l'on retrouve un peu partout en ville sont tous des messages disant: "Je suis là." Ce n'est pas la lecture qui est importante, mais la présence, d'ailleurs les tags sont souvent illisibles. Exemple du célèbre taggeur Degré, qui voulait apparement tout tagger en ville.
Catherine: Le tag existe-t-il sur Internet?
Jean: Les signatures excessives de certains méls dont les auteurs emploient les caractères du simple code ASCII pour créer des images peuvent d'une certaine manière être considérées comme des tags. Il faut noter que la netiquette les interdits à présent, parce qu'ils rendent les messages difficiles à gérer.
Mehdi: Une autre forme de tag sur Internet est celui de la trace laissée par des hackers qui ont réussi à pénétrer et modifier un site protégé. Par exemple, pendant une semaine en tapant l'adresse http de la page de TF1 on tombait sur la page d'accueil de France 2.
András: Il y aussi des cas plus graves quand les hackers entrent dans des sites où la protection de l'information serait pourtant importante, comme le site du FBI etc. En contribution aux différentes formes de traces énumérées jusqu'ici, il mentionne un manuscrit visible à l'exposition L'aventure des écritures à la Bibliothèque Nationale de France à Tolbiac jusqu'au 17 mai. Il s'agit du Mapa de Sigüenza dans le codex Xolotl, qui décrit les pérégrinations des tribus aztèques (et qui est d'ailleurs le plus beau monument historique relatif aux Amériques selon l'exposition). C'est une préfiguration de l'idée de la fiction interactive parcequ'il offre plusieurs parcours de lecture possibles. Carte, bande dessinée, écriture idéographique en même temps, les différentes scènes sont reliées par des empruntes, symbolisant les parcours que l'on peut suivre lors de la lecture, mais aussi le chemin suivi par les tribus. Fabienne prétend qu'il existe une version en CD-ROM de l'exposition, pourtant le dossier de presse récupéré par András ne le mentionne pas, il n'en a pas vu et quand il a posé la question en décembre on lui a dit que ća n'existait pas. Reste à vérifier s'il n'en ont pas sorti un depuis.

Les autres chapitres du DEA de Luc

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Luc: Ce qu'on a entendu aujourd'hui n'est qu'une partie de son travail. Il énumère les autres chapitres: I] Une typologie de la trace
II] Lecture cathodique, la question du support
III] Sources connues, écritures à naître
IV] Ecritures, la question du territoire (ici se situait l'exposé de ce jour)
V] Co-écritures en ligne, vers l'oeuvre collective

NDLR: le numéro 16 de la revue Traverses datant de 1979 et ayant servi de source à la partie consacrée aux cartes postales de l'exposé de Luc est disponible en plusieurs exemplaires dans la librairie Mona Lisait (rue St.Martin à la hauteur de la rue des Lombards) au prix de 25 F. Il contient aussi des articles intéressants sur les réseaux physiques comme les chemins de fer, le métro parisien et les structures des villes.

Cette page a été créée par András Tóth en mode texte simple le 26 mars 1998