prologue

connaissez-vous ce BEAU pays avec ses monts et ses vaux ??
au loin de belles montagnes le délimitent. il a un horizon, peu de pays peuvent en dire autant.
connaissez-vous les prairies, champs et pâturages de ce pays ? connaissez-vous ses paisibles demeures et les paisibles gens dedans ?
au milieu de ce beau pays, de braves gens ont bâti une usine. tapi dans le paysage, son toit en tôle ondulée forme un beau contraste avec les feuillus et conifères à l'entour. l'usine se tapit dans le paysage.
bien qu'elle n'ait aucune raison de se tapir.
elle pourrait se tenir toute droite.
une chance qu'elle soit implantée ici, où tout est beau, et non ailleurs où rien n'est beau.
on dirait que l'usine fait partie de ce beau paysage.
on dirait qu'elle a grandi ici, mais non ! à la regarder de plus près on le voit : de braves gens l'ont construite. on ne fait rien avec rien.
et de braves gens y entrent et en ressortent. ils se déversent dans le paysage, comme s'il leur appartenait.
l'usine et le terrain en dessous appartiennent au propriétaire, qui est un konzern.
néanmoins l'usine se réjouit que des gens heureux se déversent en elle, car ils produisent plus que des gens moins heureux.
les femmes qui travaillent ici n'appartiennent pas au propriétaire.
les femmes qui travaillent ici appartiennent tout entières à leurs familles.
seul le bâtiment est au konzern, ainsi chacun est-il content.
les nombreuses fenêtres brillent et scintillent comme les nombreux vélos et les mini-voitures au dehors. les fenêtres ont été lavées par les femmes, les voitures plutôt par les hommes.
toutes les personnes venues en ce lieu sont des femmes.
elles cousent. cousent des corsages, des soutiens-gorge, parfois aussi des corsets et des slips.
souvent ces femmes se marient ou périssent d'une autre façon. mais tant qu'elles cousent, elles cousent. souvent leur regard se pose au-dehors, sur un oiseau, une abeille ou une herbe.
la nature à l'extérieur, elles en profitent et la comprennent souvent mieux que les hommes. à chaque machine sa couture, elle n'a pas le temps de s'ennuyer. elle accomplit son devoir là où elle est installée.
chaque machine est manipulée par une ouvrière qualifiée. l'ouvrière non plus n'a pas le temps de s'ennuyer. elle aussi accomplit un devoir.
elle peut s'asseoir ce faisant. elle a beaucoup de responsabilités, mais pas de vue d'ensemble, ni de grandes vues. la plupart du temps cependant un ménage.
le soir venu, les vélos ramènent parfois leurs propriétaires à la maison.
au foyer. les foyers se trouvent dans ce même beau paysage.
ici le bonheur s'épanouit, ça se voit.
qui ne trouve pas le bonheur dans le paysage, trouve le bonheur dans les enfants et le mari.
qui ne trouve pas le bonheur dans le paysage, les enfants ou le mari, trouve le bonheur dans le travail.
mais notre histoire commence tout à fait ailleurs : à la grande ville.
là se trouve une succursale de l'usine, ou plutôt là se trouve le siège principal de l'usine dont celle dans les préalpes est la succursale.
ici comme là-bas les femmes sont disposées à coudre.
non, elle ne sont pas disposées à coudre, elles sont prédisposées à la couture qu'elles ont dans le sang.
elles n'ont plus qu'à se saigner. il s'agit ici d'un travail tranquille, d'un travail de femmes.
beaucoup de femmes ne cousent pas de tout leur coeur, une moitié est prise par la famille. certaines femmes cousent de tout leur coeur. ce ne sont pas les meilleures.
notre histoire commence dans une oasis de calme à la ville, et elle se terminera bien vite.
si quelqu'un vit son destin, alors ce n'est pas ici.
si quelqu'un a un destin, alors c'est un homme. si quelqu'un se voit imposer un destin, alors c'est une femme.
ici, hélas, la vie passe à côté de vous, seul le travail reste. parfois l'une de ces femmes essaie de se joindre à la vie qui passe pour bavarder un peu.
la vie hélas s'enfuit souvent au volant d'une voiture, trop vite pour la bicyclette. au revoir ?!

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