TYPOESIE

Jérôme Peignot


Que les lettres de l'alphabet soient indispensables à la manifestation de la pensée est certain. Pourtant, nombreux sont ceux qui l'oublient ou le nient. Cet ouvrage regroupe des compositions tant littéraires que plastiques dont le dénominateur commun est tel que le fond et la forme y sont rigoureusement indissociables, ce qui n'est pas le cas des calligrammes. Il fallait donc trouver un terme adéquat pour les désigner. Avec ce mot TYPOÉSIE qu'il a forgé et auquel il a donné l'aspect graphique reproduit sur la page de titre, Peignot met en évidence l'existence d'un genre poétique à part entière.

Pour montrer que cette poésie se manifeste en ayant recours aussi bien aux lettres et à la ponctuation qu'aux chiffres et aux notes, cette anthologie est divisée en cinq parties: Typographie, Poésie visuelle, Chiffres, Peinture, Musique.

Regroupant des oeuvres typographiques de premier plan, comme celles de Zwart, le Bifur de Cassandre ou les somptueuses trouvailles de l'Américain Lubalin, le chapitre intitulé " Typographie " démontre que les premiers à générer la poésie sont les caractères eux-mêmes.

Peignot rend hommage ensuite à la poésie visuelle apparue en Allemagne dans les années cinquante avec Gomringer, Mon et Rühm. Des poètes brésiliens, Pignatari et les frères Campos, en ont fait peu après de véritables chefs-d'oeuvre. Puis ce fut le tour des poètes italiens, britanniques, espagnols et américains d'enrichir la typoésie, devenue avec eux un nouveau mode d'expression tantôt contestataire tantôt publicitaire. Peignot avoue sa fascination pour les typoèmes d'Ockerse, de Solt, de Williams et de Xisto qui, par leur perfection plastique, témoignent que, d'abord composée d'idéogrammes, après 3500 d'existence alphabétique, l'écriture y revient. Ainsi, des poètes tels Dotremont, Roubaud ou Crombie se montrent à ce point habiles à s'introduire entre le visible et le lisible, qu'on ne sait plus de quel art relève leur s oeuvres: de l'art graphique ou de la poésie.

Le troisième chapitre est consacré aux typoèmes de nombres. De cet ensemble ressort qu'en effet les mots comptent.

Ensuite, Peignot regroupe les typoèmes de peintres qu'il a découverts à la faveur de ses recherches. Ce faisant, il atteste qu'Adami, Dupuy, Fauconnet, Hains, Kolar ou Melin sont capables de rivaliser d'adresse avec Duchamp, El Lissitzky, Magritte ou Matisse.

Enfin dans " Musique ", Typoésie réunit quelques-uns des plus beaux typoèmes musicaux connus à ce jour. J.-S. Bach, Gounod, Pobst, Ravel, Schönberg, Webern, chacun à sa manière, nous assurent que, même sur le plan visuel, il est possible de faire revenir l'abstraction musicale au berceau du concret, chaque compositeur se mettant à la portée de ceux qui ne lisent pas les notes.

Chaque fois que le besoin s'en est fait sentir, Peignot s'est référé aux explications que les auteurs ont fournies sur leur oeuvres. Ainsi on trouvera des textes de Leiris, Cassandre, Guy Levis Mano, Raymond Gid, El Lissitzky, Pierre et Ilse Garnier, Excoffon, Dotremont... et Alexandre Sorel pour ce qui concerne la musique.

D'un bout à l'autre de Typoésie, les oeuvres se répondent, elles contribuent à l'élaboration moins d'une anthologie, au demeurant infaisable tant la matière est riche, que d'un livre d'auteur.


Pour en savoir plus sur Jérôme Peignot, lire l' article paru dans Le Matricule des Anges
Numéro 19 de mars-avril 1997
http://www.lmda.net/mat/MAT01966.html