Bernard Magné

Le Génaubirendam

 

Comme son nom le laisse aisément deviner, le GÉNAUBIRENDAM est un GÉNérateur AUtomatique de BIllets de RENDez-vous AMoureux.

Il fonctionne sur le principe simple de moules syntaxiques prédéfinis que viennent remplir les éléments d’un lexique choisi par l’auteur du générateur. Moules syntaxiques et éléments lexicaux sont sélectionnés de manière aléatoire au moment de la génération d’un billet.

La structure d’un billet est la suivante :

adresse + (impatience) + rdv + (tenue) + (cinéma) + (exactitude) + (fantasme) + signature

Dans cette formule, les 3 éléments en gras sont obligatoires, les 5 éléments entre parenthèses sont facultatifs.

Un billet peut donc se présenter

-soit sous la forme minimale (3 éléments), par exemple :

Mon amulette,

Rancard jeudi prochain sur le coup de dix heures au Bar de l'Horloge.

Ton arroseur pudique

- soit sous la forme maximale (8 éléments), par exemple :

Mon svelte torero,

Aimons-nous !

Je t'attends comme le Messie devant le 25 boulevard Richepance demain en huit sur le coup de huit heures pour changer un peu.

Je serai en robe grise et verte, et voilà tout.

Restons fidèles au septième art ! Au Saint-Lazare, ils ressortent Butch Cassidy contre les Mohicans.

Le dernier arrivé a un gage…

O quels baisers, quels enlacements fous !

Ta bobine décontractée

- soit sous une des 24 formes intermédiaires possibles (entre 4 et 7 éléments), par exemple :

Ma charmante bécasse,

Pointe-toi quai Branly vendredi prochain sur le coup de trois heures.

Vérifie bien ta toquante personnelle, qu'il n'y ait pas de lézard.

J'en rêve déjà !

Ton tourne-motte ragoûtant

Chaque élément est produit par un sous-générateur. Les sous-générateurs des éléments 2 (impatience), 4 (tenue), 6 (exactitude) et 7 (fantasme) sont simples (tirage aléatoire d’un item dans une liste) ; ceux des éléments 1 (adresse), 3 (rdv), 5 (cinéma) et 8 (signature) sont complexes et supposent des réécritures faisant elles-mêmes appel à d’autres sous-générateurs.

Pour la constitution des fichiers lexicaux, qui regroupent soit des vocables isolés (notamment pour adresse et signature), soit des syntagmes plus ou moins complexes, j’ai respecté deux principes :

- l’hétérogénéité, en mélangeant différents niveaux de langue et/ou univers sémantiques ;

- l’intertextualité, en utilisant abondamment des emprunts sous forme d’allusions ou de citations plus ou moins reconnaissables.

Ces deux principes font partie d’une stratégie de non-sérieux qui pourrait définir, selon moi, une pragmatique des générateurs simples. Le caractère relativement fruste du programme informatique y est en quelque sorte rémunéré par un effet de comique et de décalage : il s’agit moins en l’occurrence d’imiter une production humaine que d’aboutir à des textes à la fois improbables et acceptables.