Trois mythologies et un poète aveugle


Jacopo BABONI-SCHILLINGI
Jean-Pierre BALPE

Novembre 1997




Littérature est synonyme de subjectivité, de génie, qualités considérées comme la quintessence de l'humain, à l'opposé de l'informatique, mathématique, incapable d'invention. Pourtant, bien avant que la micro-informatique ne pénètre la vie quotidienne, des écrivains se sont souciés de voir ce qu'elle pouvait leur apporter. Considérant l'ordinateur comme un nouveau média, ils y ont trouvé de nouvelles possibilités d'expression.

Leur question n'est pas "comment l'ordinateur peut-il se substituer à l'écrivain ?" mais "en quoi l'ordinateur ouvre-t-il de nouvelles perspectives à la littérature ?" Les réponses sont diverses. Certains voient dans l'ordinateur un moyen d'affichage dynamique permettant de pousser les recherches exploitant les possibilités typographiques des textes - membres du groupe LAIRE. D'autres s'en emparent pour augmenter l'implication du lecteur en la confrontant à des choix constants - scénarios interactifs... Littérature informatisée... D'autres veulent que l'écrivain n'intervienne plus au niveau des mots mais parte d'un "modèle" conceptuel de l'écriture, pour que l'ordinateur produise lui-même les textes. Cette dernière approche caractérise la littérature générée par ordinateur. La première tentative, celle de l'allemand Théo Lutz date de 1959.

Le langage fonctionne autant sur du non-dit que du dit. Le dit ne sert dans l'expérience du lecteur que de point d'ancrage du textuel. La génération automatique de textes littéraires s'appuie sur cet aspect fondamental du fonctionnement linguistique. Dans la fiction le réel n'est qu'un alibi d'accréditation, son rôle est de permettre le fonctionnement de la lecture. La cohérence linguistique de la fiction suffit à crédibiliser ses propres affirmations. Tout récit obéit au même principe "syntaxique" général : une part des décisions relève des contraintes locales; d'autres de contraintes plus générales - antécédences du récit; d'autres enfin de l'aléatoire. Elles donnent au générateur sa créativité. Un générateur littéraire fonctionne sur une "syntaxe" : relations d'ordre entre classes à l'intérieur desquelles peuvent s'effectuer des choix.

Un roman policier peut être décrit par une règle très générale [ENIGME] [ENQUETE] [SOLUTION], un roman sentimental par [RENCONTRE] [EPREUVES] [AMOUR].

L'aspect non stéréotypé des récits engendrés par ce type de grammaire dépend de la variété des descriptions abstraites, de la souplesse de leurs possibilités de combinaison, de la richesse des classes de choix, de celle des dictionnaires définis dans le programme. La puissance du générateur est proportionnelle à la richesse des informations décrites, donc à celle du monde défini par l'auteur et des choix possibles.

La génération automatique de littérature vise peut être avant tout une mise en scène de l'activité de littérature. Loin de tendre à une prétendue "destruction" de la littérature, elle en recherche le renouvellement profond par l'ouverture de perspectives créatrices inédites. La génération automatique de textes littéraires n'implique ainsi en rien une prétendue "disparition de l'auteur". Bien au contraire... Elle déplace simplement son rôle.



Une page générée par "Un roman inachevé" de Jean-Pierre BALPE

Béatrice se souvient. Son souvenir est essentiellement linguistique... elle ne se souvient ainsi que de peu de choses : elle n'est plus tout à fait sûre d'avoir vécu. Divers mondes se mêlent dans son esprit créant des confusions de plans et d'espaces : elle a le cerveau plein d'indignations et de fureurs. Elle doit faire la part des choses, il lui semble que sa tête est pleine de confusion, de bruits, que le trouble absolu des événements qui l'entoure perturbe sa faculté de penser normalement. Ici et ailleurs lui sont la plupart du temps indistincts tant, dans leur banalité quotidienne, les événements du monde, sont interchangeables. D'autres se roulent dans le passé comme dans une fange lourde et infecte; elle fouille en vain son souvenir. Passé et présent lui composent un présent unique, trouble, voilé. Quelque chose lui revient soudain en mémoire : c'était une fin de matinée...Une scène plus précise que les autres : dans une pièce blanche, peut-être en avril, un personnage au jean déchiré... Il lui semble l'avoir déjà vu - elle ne parvient plus à se souvenir où - pourtant ce personnage lui paraît constituer une menace. Comment savoir ce que chacun trouve au fond des yeux de l'autre ?




Trois mythologies et un poète aveugle

"Trois mythologies et un poète aveugle" est un spectacle donné en public le 14 novembre 1997 à l'IRCAM (Institut de Recherche et de Création Acoustique et Musicale) du Centre Georges Pompidou le 14 novembre 1997 en soirée publique et le 17 novembre 1997 en matinée scolaire.

Ce spectacle repose sur un principe tout à fait original puisque la soirée a été construite par le dialogue en temps réel entre un automate de génération de poèmes (réalisation: Jean-Pierre Balpe) et un automate de génération musicale (réalisation: Jacopo Baboni-Schillingi).

De plus, l'organisation de la soirée repose sur la présence en direct de trois poètes-lecteurs, d'un pianiste, d'un percussionniste et d'une soprano qui ont travaillé à partir des propositions des deux automates.

Les poèmes de la soirée:

L'automate de génération poétique a généré des textes en fonction de quatre styles différents:

- le style du "poète aveugle"
- le style du poète Jean-Pierre Balpe
- le style du poète Henri Deluy
- le style du poète Joseph Guglielmi

chacun de ces styles dépendant étroitement des définitions stylistiques, sémantiques et rhétoriques proposés par les poètes concernés. Par exemple, les poèmes générés pour Henri Deluy le sont à partir des propositions qu'il a faites pour l'automate et qui ont été programmées suivant ses instructions. Les "styles" des trois poètes définissent autant de "mythologies" personnelles - d'où le titre de la soirée.

Voici, pour chacun de ces styles, un exemple de texte généré par l'automate:



Le poète aveugle

"la pluie ment..." Apollon ajoute volontiers : "la nuit se remplit
de cailloux..." Apollon dit : "l'amour emprisonne la conviction..."
alors Clio remarque : "tu questionnais les mots..." alors Apollon
dit : "la critique des concepts..." alors Apollon remarque : "la
différence entre l'homme et la femme..." alors Apollon dit cela :
"l'esthétique de Marx..." elle dit : "tu questionnais les mots..."
elle Euterpe elle ajoute néanmoins : "le vent souffle sur sa
main..." Clio affirme : "qui touche à la colle s'encolle..." alors
Apollon remarque : "la pluie qui tombe..." lui Apollon il ajoute
ça : "tu ouvrais la porte plus doucement..." Apollon dit : "le
malheur d'exister..." Apollon ajoute : "l'absence de propriété
distinctive de la mort..." Apollon affirme : "la relativité du
profane et du sacré..." Euterpe affirme : "la mort nettoie la
vie..." puis il conclue : "la poésie c'est la conversation..."

Mythologie 1 (Joseph Guglielmi)

au sens où les modulations au corps "cheveux
blonds" lune désséchée vers Carmel découpant des ombres ouvrant
l'horizon fornication PATHOS parler le plus bas possible
soleil sur Fonte Castalia idéogramme de
la terre avec crack lune désséchée vers Carmel
découpant des ombres ouvrant l'horizon ultimately retarde le jouir soleil
sur Fonte Castalia carajeas que chorrean malaise de l'an
2000 les modulations au corps
membres crippled psalmodier de mémoire PATHOS sombreros muertos
ramenant aux tropiques les zodiaques fêlés au sens où sans crainte
à la pluie d'étoiles soleil sur Fonte
Castalia y de tentas necedades
avec crack et we are going away digues à la mer
avec taureaux en liberté carajeas
que chorrean où le ciel appuie les modulations au corps
retarde le jouir I repeat I repeat

Mythologie 2 (Jean-Pierre Balpe)

aurait pu s'appeler Abdéros ou Pierre ou Valia
a adopté Carnaby Coe trouvait ça plus évident surtout pour rôder
son inquiétude quand la nuit se ferme Carnaby Coe comme il disait...

"dans le coeur ou la lucidité y a à aimer à souffrir
et c'est ça qui fait toute la différence..."

c'est pour cela Carnaby Coe pour les désirs et pour l'humanité
pour les désirs pour l'obscur objet du désir
pour l'ombre des jeunes filles en fleurs pour l'an et la solitude
l'obscur objet du désir les regards
jetés par dessus les murs l'ombre des jeunes filles
en fleurs l'ombre des jeunes filles en fleurs l'humanité
la perspective floue d'une ruine lui et la nostalgie de la modernité
Carnaby Coe ou les regards
jetés par dessus les murs et
l'entrejambe des femmes Carnaby Coe et encore
le poids inconstant des choses

Mythologie 3 (Henri Deluy)

elle était petite. elle était petite.
le corps n'a pas de limites. c'était un gibier.
elle était nue avant même d'arriver. elle avait
l'odeur du sommeil. il ne faisait pourtant pas
chaud. elle ne portait rien. la couleur épisodique
des éponges. les tempes brûlées. la robe était
nue. la robe était nue. l'odeur du phosphore.

elle était petite. son regard était nu. pas
de transition. la couleur des éponges. le feu
sur l'herbe. elle était venue me rendre visite.

ma main s'était glissée entre ses cuisses. le
corps n'a pas de limites. c'était un gibier.
je me souviens de l'homme qui l'accompagnait.



Le générateur de poème "Trois mythologies et un poète aveugle" sera accessible prochainement à l'adresse: http://www.labart.univ-paris8.fr

Lors de la soirée, chaque poète a lu en public les textes que le générateur a produit en direct et en temps réel.

Principes de l'automate poétique

Un générateur automatique est un automate capable de produire en quantité psychologiquement illimitée des objets acceptables dans un domaine de communication antérieurement défini., c'est-à-dire reconnu comme domaine par une communauté de récepteurs. Le domaine est ici celui de «la poésie». Un générateur automatique de poésie produit donc un très grand nombre de pages acceptées par des lecteurs comme poèmes.

Les algorithmes de génération littéraire fonctionnent à partir d'une grammaire sémantique : ils considèrent la sémantique et la syntaxe comme équivalents à tous les niveaux. Le mode fondamental de fonctionnement est celui d'une grammaire.

Si l'on appelle "développement" d'une donnée le parcours de la hiérarchie de ses classes jusqu'à obtention d'un élément terminal, l'écriture d'un texte n'est rien d'autre que le développement successif de classes sur l'axe syntagmatique. Ce développement est toujours ordonné de la gauche vers la droite. Un texte est terminé lorsque le moteur ne trouve plus de données à développer.




Le générateur produit des textes à partir de deux types d'objets distincts :

- les données,
- les descripteurs syntaxiques interprétés par le moteur de génération.

Le moteur de génération n'a pas d'autre fonction que d'exploiter les informations fournies par les données qui sont donc indépendantes. Une donnée est un élément autonome d'une classe. Une donnée est autonome en ce sens qu'elle porte l'ensemble des informations utiles à son utilisation par l'automate de génération.
Toute donnée est de la forme suivante:





Les données peuvent revêtir deux états :

- état fini.
- état non-fini

L'état fini d'une donnée ne comporte aucun descripteur syntaxique. Elle ne peut être que placée telle quelle dans la chaîne de caractères qui constitue le texte.

Exemple : "éléphant" ou "ce jour-là il pleuvait" sont des données finies.

L'état non-fini d'une donnée comporte un ou plusieurs descripteurs syntaxiques, il doit être développé par le moteur de génération avant d'être placé dans la chaîne de caractère qui constitue le texte. Exemple : "[1|m_éléphant], 1(1)éléphant|s, [53#] [0800000|v_sortir]..." sont des données non-finies. Les descripteurs sont des objets formels identifiés dans un lexique de descripteurs. La génération d'un texte ne consiste donc en rien d'autre qu'en la transformation linéaire de l'ensemble des états non-finis en une chaîne d'états finis. En ce sens, il n'y a pas de niveau élémentaire de non-finitude : la génération consiste aussi bien en la juxtaposition de données comme : "le jour se lève" et "les enfants vont à l'école" que "[début-jour]" et "[description-ville]"... Tous les états intermédiaires sont possibles...

La grammaire a pour fonction générale de contraindre le choix de la forme finie parmi l'ensemble des formes non-finies possibles. Par exemple, la donnée "[m_cheval|71]" contraint deux types de choix :

- 1 : la valeur supérieur à 50 du descripteur implique le pluriel; le choix de la forme finie est donc "cheva + ux" dans "0(1)cheva|l ux". (Noter que dans la version Hypercard, le seuil pluriel est 50; dans la version à venir, il serait bon de le porter à 100...)

- 2 : la valeur 71 du descripteur implique "pluriel" du déterminant 21, c'est-à-dire : "tout son ,toute sa ,etc..."; les informations de la donnée non-finie "0(1)" impliquent non-élision "0" et masculin "1", ce qui contraint à la possibilité "(pluriel*2)+(élision+1)+genre" du déterminant, choisi parmi la classe déterminants (cf. annexe 5), c'est-à-dire : "tous les "

La forme finie résultante est : "tous les chevaux". La grammaire sémantique du générateur est capable d'interpréter toutes les informations des données quelle que soit leur nature. La cohérence sémantique des textes est assurée par la structuration des données elles-mêmes.Par exemple pour obtenir une phrase comme: "Une dame, vêtue de blanc, robe blanche, traverse la pièce...", la génération doit contenir les représentations suivantes :

1 - des dames existent dans le monde
2 - les dames peuvent être vêtues de vêtements
3 - les robes sont des vêtements
4 - les vêtements peuvent avoir une couleur
5 - le blanc est une couleur possible des vêtements
6 - il existe des espaces que l'on appelle des pièces
7 - les dames peuvent traverser les espaces définis en 6

Ces représentations sont réparties dans plusieurs dictionnaires hiérarchisés:

- dictionnaire des mots : [a_agile] contient "agil|e e es es"
- dictionnaire de para-synonymes : [a_agile 1] contient [a_agile], [a_habile], etc...
- dictionnaire de concepts qui sont une combinaison de mots et de para-synonymes
- dictionnaire d'événements
- dictionnaire de représentations de connaissances
- dictionnaire d'équivalences syntaxiques
- dictionnaires de thèmes
- etc...

Un texte est donc la résultante de combinaison de niveaux enchevêtrés de dictionnaires. Par exemple:

[DATE] [PERSONNE] [VETEMENT [COULEUR-DE-VETEMENT]] [OEIL [COULEUR-D'OEIL]] [DEPLACEMENT] [ESPACE [QUALIFIANT-TYPE 1] [QUALIFIANT-TYPE 2] [QUALIFIANT-TYPE X]]

Le nombre total de choix dépend de la richesse de la description et de la mobilité des places. Si [DEPLACEMENT] n'est pas un concept, mais une classe de concepts et/ou de termes et/ou de locutions et/ou de phrases plus ou moins complètes:

[DEPLACEMENT]
une dame vêtue de blanc traversa
[X] traverse la pièce
[DATE] [X] traverse
[X] traverse [MANIERE]
[ENTRER] [MARCHER] [SORTIR]
[ENTRER] [SORTIR]
[MARCHER]
[COURIR]

Le générateur a donc des possibilités de choix qui lui permettent non seulement de "rédiger" une action, mais de choisir entre différentes possibilités de rédaction.

Principes d'échange entre le générateur poétique et le générateur musical:

Le générateur musical est lui aussi un automate qui fonctionne selon les contraintes propres à la composition musicale. Ces contraintes ne sont en rien homgènes à celles de l'univers poétique même si certains termes comme "sonorités" ou "rythme" peuvent parfois le laisser croire.

En fait, ce qui fait la correspondance entre un texte donné et la musique avec laquelle il entre en correspondance est un métalangage qui gomme les spécificités de chacun des automates pour constituer un langage commun original permettant aux deux automates d'échanger des informations en vue d'une production originale.

En ce qui concerne "Trois mythologies et un poète aveugle" qui est une soirée de lecture poétique avec musique, le métalangage choisi est le niveau supérieur des thèmes.

Dans le générateur poétique, un "texte" - ou plutôt un "modèle de texte" - a la forme suivante:

=J0900000065¥[thl-beatnik-J1] [thl-éros-J1] [thl-éros-J1] [thl-paysage-J1] [thl-paysage-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-éros-J1] [thl-paysage-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-paysage-J1] [thl-éros-J1] [thl-éros-J1] [thl-poète-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-délire-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-temps-J] [thl-poète-J1] [thl-paysage-J1] [thl-paysage-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-poète-J2] [thl-poète-J1]FF

ou
1 - la séquence "=J0900000065¥" représente le descripteur contextuel du poème contrôlant son aspect rhétorique, sémantique, l'appartenance au style de tel ou tel poète, etc...
2 - FF indique la fin de génération du poème

3 - [thl-beatnik-J1] [thl-éros-J1] [thl-éros-J1] [thl-paysage-J1] [thl-paysage-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-éros-J1] [thl-paysage-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-paysage-J1] [thl-éros-J1] [thl-éros-J1] [thl-poète-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-délire-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-temps-J] [thl-poète-J1] [thl-paysage-J1] [thl-paysage-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-beatnik-J1] [thl-poète-J2] [thl-poète-J1] indiquent l'ordre et l'ensemble des thèmes traités ainsi que leurs relations aux dictionnaires de thèmes. Ici, les thèmes sont donc :

- [thl-beatnik-J1] appelé 7 fois
- [thl-paysage-J1] appelé 6 fois
- [thl-éros-J1] appelé 5 fois
- [thl-poète-J1] appelé 3 fois
- [thl-poète-J2] appelé 1 fois
- [thl-temps-J] appelé 1 fois
- [thl-délire-J1] appelé 1 fois

C'est sur cette base thématique que l'automate musical est appelé à fonctionner.

L'automate musical

Un système génératif est un ensemble d'algorithmes pouvant gérer des variables qui, à partir d'un état donné, produisent un nombre infini d'applications. Ainsi un système génératif peut accueillir un nombre indéfini de variables auquelles il impose un certain processus. Le résultat de ce processus est ce qu'un terme plus classique définit comme "prolifération du matériau compositionnel musical". Le fonctionnement d'un générateur en musique est divisé en trois parties principales : un corps d'entrée dans lequel les variables sont définies ; un corps central dans lequel les variables sont élaborées et enfin un corps de sortie qui convertit le processus d'élaboration en notations musicales.




Les données du corps d'entrée appartiennent à plusieurs catégories qui, entre elles, obéissent à des dimensions qui ne sont ni isomorphes, ni isotropes. Une note musicale est constituée d'une hauteur, d'une durée, d'une position dans le temps, d'une position dans l'espace, d'une intensité et d'un timbre. Donc, un système génératif en musique considère à chaque instant la génération des classes différentes des paramètres. Prenons un exemple.



Imaginons une matrice de trois notes : do, ré, mi, comme variables de départ.



Une première phase de la génération pourrait consister à calculer toutes les combinaisons possibles des trois notes do, ré, mi. Dans cet exemple, on peut voir que le système obéit à une seule loi : obtenir toutes les combinaisons d'une matrice donnée. Mais, puisque un système génératif est capable de gérer plusieures règles ou lois en même temps, imaginons à présent que, comme deuxième phase de la génération, on ne veut obtenir que les permutations qui ont la note ré pour première note.



Un système génératif produit donc un résultat dépendant de règles, le nombre de ces règles pouvant être infini. S'il n'existe aucune règle, le générateur ne produit aucun résultat.

Prenons un deuxième exemple qui agisse à un niveau plus profond et considère plus de variables à la fois. Soit une séquence de notes.



Imaginons à présent que ce thème, ou "entité musicale", soit la variable du système génératif et observons sa représentation graphique sous forme de profil géométrique.




Supposons maintenant que, dans le corps central du système génératif, la règle de prolifération consiste à appliquer une fonction de perturbation dynamique telle que, en ayant le profil géométrique suivant.




La séquence originaire de notes subit un nombre défini (dans ce cas, dix) de modifications. Dans cet exemple, perturber le profil du départ en fonction du deuxième profil consiste à additionner les deux profils selon un indice variable d'incidence du deuxième profil sur le premier.




L'interpolation entre un thème A et un thème B pourrait être un autre exemple d'application des systèmes génératifs en musique. Observons dans le prochain graphique comment plusieurs lois sont appliquées successivement. D'abord le thème A est constitué de treize notes avec un rythme constant dans la tonalité de ré mineur. Le thème B est constitué de trente et une notes en do majeur.





Deuxièmement, le profil géométrique de est morphologiquement très distinct du profil géométrique du thème B. Donc le processus d'interpolation constitue (dans cet exemple en douze pas consécutifs) un changement progressif du premier thème vers le deuxième. La représentation géométrique du processus entier est la suivante:



Au point de vue du moteur de génération, le système constitue en premier lieu une interpolation entre les deux thèmes selon la courbe suivante:




Deuxièmement, le système attribue à chaque pas de l'interpolation un champ harmonique spécifique défini sous forme de règles harmoniques.



Enfin, le système agit à un niveau local et considère pour chaque pas de l'interpolation les changements rythmiques, la structure morphologique, les éventuelles répétitions locale, les "patterns" éventuels...




Les échanges de données entre le générateur de texte et le générateur de musique agit à différents niveaux. Il y a échange de thèmes, de structures morphologiques, de longueur et de durée de chaque génération...

Dans le contexte de la soirée "Trois mythologies et un poète aveugle", les deux générateurs communiquent constamment en échangeant un flux continu de données. Ainsi le corps d'entrée de chaque générateur accueille à la fois des variables propres à son système, et des variables qui proviennent du corps de sortie de l'autre générateur.