Une littérature inadmissible
Jean-Pierre BALPE
Département Hypermédia
Université Paris VIII
Conférence au Centre Georges Pompidou, octobre 1996
"Que nous soyons tous des sauvages tatoués depuis Sophocle, cela se peut. Mais il y a autre chose dans l'Art que la rectitude des lignes et le poli des surfaces. La plastique du style n'est pas si large que l'idée entière...
Nous avons trop de choses et pas assez de formes."
Gustave FLAUBERT (Préface à la vie d'écrivain).
"Le livre doit fonctionner à l'image de la multiplication des situations de choc. Il doit se fracturer à l'image des éclats de l'hologramme. Il doit s'enrouler sur lui-même comme le serpent sur les collines du ciel. Il doit renverser toutes les figures de style. Il doit s'effacer dans la lecture. Il doit rire dans son sommeil. Il doit se retourner dans sa tombe."
Jean BAUDRILLARD (Cool Memories)
"Ce que nous voyons et entendons finit par ressembler et même par se confondre avec ce que nous n'avons pas vu ni entendu, ce n'est qu'une question de temps, ou bien suffit-il que nous disparaissions... Parfois j'ai le sentiment que rien de ce qui arrive n'arrive vraiment, parce que rien n'arrive sans interruption, rien ne perdure, ne persiste, ne se rappelle constamment, et même la plus monotone et routinière des existences s'annule et se nie elle-même dans son apparente répétition, au popint que rien ni personne n'a jamais été le même auparavant, et la faible roue du monde est mue par des sans-mémoire qui entendent, voient et savent ce qui n'est pas dit et n'a pas lieu, est inconnaissable et inévrifiable. Ce qui se fait est identique à ce qui ne se fait pas, ce que nous écartons ou laissons passer, identique à ce que nous prenons ou saisissons, ce que nous ressentons, identique à ce que nous n'avons pas éprouvé, pourtant notre vie dépend de nos choix, et nous la passons à choisir, rejeter et sélectionner, à tracer une ligne qui sépare ces choses équivalentes, faisant de notre histoire quelque chose d'unique qui puisse être raconté et remémoré. Nous employons toute notre intelligence, nos sens et notre ardeur à distinguer ce qui sera nivelé, ou l'est déjà, c'est pourquoi nous sommes pleins de remords, d'assurances et d'occasions perdues, de confirmations, d'assurances et d'occasions saisies, quand il s'avère que rien n'est sûr et que tout se perd. Ou peut-être n'y a-t-il jamais rien eu."
Traduction Alain et Anne-Marie Keruzoré (Ed.Rivages poche)