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Chapitre VII

    Tournant le dos à la rivière, le maître nous entraîna jusqu'à la lisière d'un admirable bois touffu, sous le couvert duquel nous pénétrâmes à sa suite.
    Bientôt nous atteignîmes une vaste clairière poétique, où flânait un adolescent au teint aduste, pauvrement vêtu de faÁon assez voyante, comme ceux qui veulent capter les regards et grouper la foule autour d'eux afin de dérouler un spectacle en pleine rue.

    Canterel nous l'annonÁa, sous le nom de NoÎl, comme un diseur de bonne aventure parcourant le pays depuis peu.

    Ayant eu vent de la présence de Félicité à Locus Solus, NoÎl, par émulation, était venu la veille donner une séance fort curieuse au maître qui l'avait prié d'exercer aujourd'hui son art devant nous dans cette clairière enchanteresse, saisissant avec joie l'attrayante occasion de nous faire comparer le talent de ces deux augures de grand chemin, si différents par l'âge et par le sexe.
    Sac aux épaules comme un soldat, NoÎl surveillait, en l'appelant doucement ´ Mopsus ª, un coq alerte qui, marchant auprès de lui, portait sur le dos son bagage personnel dans une hotte exiguÎ, fixée par deux lanières embrassant respectivement son cou et ses plumes caudales. Les parois de l'objet, dont la carcasse, légère ment courbe, épousait le corps de l'oiseau, étaient finement faites en un filet très élastique, distendu par l'entassement de maints articles prisonniers, chargés Áà et là de métalliques reflets de lune.

    NoÎl mit le coq debout sur une légère table pliante, qu'à notre approche il venait d'installer sur le sol, puis, lui enlevant sa hotte, nous proposa des horoscopes.
    Faustine s'avanÁa et, questionnée par l'adolescent, dit l'année de sa naissance, en précisant le jour et l'heure.

    Sortant le contenu de la hotte afin de le ranger sur la table, en nous prévenant que pour tous ses agissements il puiserait unique ment à cette réserve spéciale, NoÎl, consultant un petit livre d'éphémérides trouvé dans le tas, reconnut que la constellation d'Hercule avait présidé avec Saturne aux premiers souffles de la jeune femme.

    Il tendit alors à Mopsus, qui la prit dans son bec une longue tige d'acier unie et pointue.
    Le coq, gagnant le milieu de la table, se coucha sur le dos, non sans froisser les plumes de son panache, puis saisit dans sa patte droite le fort bout de la tige, dont il dressa verticalement la pointe vers le ciel. Levant à chaque instant les yeux, NoÎl fit légèrement obliquer la petite lance, qu'il braqua juste sur Saturne, astre éclatant placé presque au zénith. Dès lors, mis par l'acier en communication magnétique avec la planète, l'oiseau devenait clairvoyant pour déchiffrer la destinée de Faustine.
    Strictement immobile, Mopsus, repliant sa patte gauche, appuyait sur le milieu de son corps la tige inondée de rayons de lune et tenue fixement sans frissons. Avec une conviction manifeste, il s'imprégna longuement des effluves initiateurs émanant de l'astre visé.
    Le coq se releva enfin, après avoir pincé de nouveau avec son bec la tige qu'il rangea dans la réserve d'objets.