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Chapitre VII

    NoÎl ouvrit un long volume étroit à luxueuse reliure bleue, vieille et usagée, sorte de code cabalistique dont il nous donna le secret. Le livre entier se divisait en groupes de six pages qui, se rapportant chacun à telle constellation, n'offraient que des paragraphes indépendants et courts, dont les quelques lignes renfermaient, sous forme de parabole plus ou moins obscure, une destinée humaine. Ces chapitres égaux avaient tous leur pagination individuelle.

    Rapidement l'adolescent parcourait le livre, fait de magnifique vélin maintenant sale et usé comme la reliure. Tous les trois feuillets, à droite, un nom de constellation inscrit de biais, en haut, dans le coin extérieur, tranchait par ses grosses capitales avec le texte même, prodigieux de finesse. NoÎl, lisant ces titres, s'arrêta sur HERCULE, dont les étoiles avaient, d'après ses recherches, signalé, en compagnie de Saturne, la naissance de Faustine — et déclara que sur les six pages du chapitre en cause la première seule pouvait contenir la sentence cherchée, selon le dé, qui, ayant achevé sa mission par cette désignation due au gain de la face 1, fournissait un mode d'investigations fort juste. Un examen sérieux du livre eût en effet montré six différents genres d'esprit régentant respectivement les pages correspondantes de chaque chapitre ; une frappante analogie de pensée mariait donc entre elles toutes les pages 1 ; dans l'ouvrage entier les pages 2 également constituaient une sorte de famille homogène, et il en allait de même, sans lacune, jusqu'à l'ensemble des pages 6. En préférant le passé, le présent ou l'avenir pour situer son interrogation secrète, le sujet projetait sur son caractère intime une précieuse lumière, complétée par son choix d'un événement bon ou défavorable. Optimisme, timidité, hypocondrie, défiance, témérité, scrupule, prévoyance transparaissaient finement dans la question intérieure que devinait le magique dé infaillible. Imposant, vu le moyen d'enquête adopté, le sextuple assortiment des pages, l'étude approfondie de ces sentiments multiples avait servi de base à la composition du texte cabalistique. Le chapitre une fois désigné par les astres, le numéro de la face d'ivoire gagnante devenait celui du folio à scruter.

    NoÎl posa en ligne bissectrice sur la page 1 du chapitre d'Hercule la paille récemment rougie aux deux tiers par le liquide sensitif de la sphère en cristal. Exactement aussi long que la portion imprimée, le mince fétu aboutissait sans empiétement aux deux marges haute et basse ; partant de la première ligne, sa section rouge finissait vers le milieu d'un paragraphe que le jeune garÁon toucha du doigt. Là résidait le destin de Faustine.

    Le procédé indicateur, cette fois encore, était rationnel. De la vitalité du sujet et de son tempérament dépendait en effet l'ascension plus ou moins hardie, au sein de la paille neuve, du liquide rouge dont la trace culminante désignait l'alinéa fatidique. Or, du début à la fin de chaque page, la rédaction des paragraphes comportait un crescendo régulier, concernant l'exaltation artistique, patriotique ou amoureuse enclose dans les récits paraboliques. C'est pourquoi, dans son geste investigateur, NoÎl plaÁait en haut le côté rouge du fétu. Après chaque séance, le jouvenceau, pour remplacer la dose bue par la paille, reversait dans la sphère, en nombre voulu, des gouttes de liquide rouge, sans lesquelles l'enquête subséquente se fût trouvée faussée.
    A l'aide d'une loupe, NoÎl nous lut ainsi le mystérieux passage, que Mopsus parut écouter attentivement :