jardin 2


Avant que le soleil de ce jour-là ait décliné, j'aurais le même sort. Madden était implacable. Ou plutôt, il était obligé d'être implacable. Irlandais aux ordres de l'Angleterre, accusé de tiédeur et peut-être de trahison, comment n'allait-il pas profiter et être reconnaissant de cette faveur miraculeuse: la découverte, la capture, peut-être l'exécution de deux agents de l'Empire allemand ? Je montai dans ma chambre; je fermai absurdement la porte à clé et m'allongeai sur mon étroit lit de fer. Par la fenêtre je voyais les toits de toujours et le soleil embrumé de six heures. Il me parut incroyable que ce jour sans prémonitions ni symboles fût celui de ma mort implacable. Malgré la mort de mon père, malgré mon enfance passée dans un jardin symétrique de Hai Feng, allais-je maintenant mourir, moi aussi ? Puis, je pensai que tout nous arrive précisément, précisément maintenant. Des siècles de siècles et c'est seulement dans le présent que les faits se produisent; des hommes innombrables dans les airs, sur terre et sur mer, et tout ce qui se passe réellement c'est ce qui m'arrive à moi... Le souvenir presque intolérable du visage chevalin de Madden abolit ces divagations. Au milieu de ma haine et de ma terreur (peu m'importe à présent de parler de terreur; à présent que j'ai joué Richard Madden, à présent que ma gorge souhaite la corde)

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