jardin 4


décidai de détruire immédiatement (et que je ne détruisis pas), une couronne, deux shillings et quelques pence, mon crayon rouge et bleu, mon mouchoir, mon revolver chargé d'une balle. Je le pris absurdement et le soupesai pour me donner du courage. Je pensai vaguement qu'on peut entendre un coup de revolver de très loin. En dix minutes mon plan était mûr. L'annuaire des téléphones me donna le nom de la seule personne capable de transmettre le renseignement: elle habitait un faubourg de Fenton, à moins d'une demi-heure de train. Je suis un lâche. Je le dis maintenant, maintenant que j'ai réalisé un plan que personne ne qualifiera pas de risqué. Je sais que l'exécution de ce plan fut terrible. Je n'ai pas fait cela pour l'Allemagne, non. Peu m'importe un pays barbare qui m'a contraint à l' abjection d'être un espion. En outre, je connais un Anglais -- un homme modeste -- qui n'est pas moins que Goethe pour moi. Je n'ai pas parlé plus d'une heure avec lui, mais, pendant une heure, il fut Goethe... J'ai fait cela, parce que je sentais que le Chef méprisait les gens de ma race -- les innombrables ancêtres qui confluent en moi. Je voulais lui prouver qu'un jaune pouvait sauver ses armées. En outre, je devais fuir le capitaine. Ses mains et sa voix pouvaient frapper à ma porte d'un moment à l'autre.

Table des matières