Incendie 2


Il y a plus (et c'est une chose, encore, qui est au coeur de tout récit): il n'y a aucune raison pour que, ayant ouvert une parenthèse, m'étant engagé dans cette parenthèse ouverte, je ne rencontre pas de nouveau la même nécessité d'une parenthèse, nouvelle parenthèse présentant par rapport à la première la même contradiction entre une obligation de clarté et l'inconfort d'une rupture, que la première parenthèse avait crée dans le déroulement principal du récit; et ainsi de suite (potentiellement à l'infini).
Mais ce n'est pas tout: l'incertitude dissipée par l'ouverture d'une parenthèse, qui donne naissance à des lignes explicatives, à des précisions, à des rappels, des rectifications, des annonces, n'est pas la seule ni même la principales cause d'une digression. Le récit peut devoir s'interrompre momentanément pour une tout autre raison, peut-être plus fondamentale encore, sure le chemin forestier de la prose. Car on en vient, comme un chevalier du roi Arthur, à une clairière. Et deux nouveaux chemins s'ouvrent dans les arbres, ou trois, ou plusieurs. Il faut choisir. Mais comment choisir? La nature même de ce que je raconte, autant que sa véridicité, antérieure à toute intention de raconter ("cela a été"; "cela est"; "je vous l'ai dit, ce fut ainsi") et, plus encore peut-être, la nature même de l'opération de récit rendent inévitables en fait de tels carrefours, de tels embranchements multiples sur la carte, ces endroits de l'hésitation, où il n'est peut-être aucune "droite voie".

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