Incendie 4


Sur l'autre, très différente, je me replongeais dans les premières années de l'imagination du Projet, de sa mise en place, et il me fallait dire ce rêve, et aussi quand et où je l'avais rêvé. Les deux voies s'en allaient très loin (c'est à dire dans beaucoup de lignes de prose) sans se rejoindre, et elles divergeaient si vite et si radicalement que je ne pouvais (ni ne voulais) penser à les suivre simultanément, en sautant de temps en temps de l'une à l'autre. L'oeil qui lit en est sans doute capable, n'a pas trop de difficultés à cette gymnastique (dans le meilleur des cas, qui n'est pas celui du lecteur habituel de romans, encore moins celui du lecteur que je recherche), mais pas le marcheur dans la forêt, ni le livre qui, typographiquement, l'imite: du moins pas sans artifices.
A partir du moment où je me suis rendu compte du fait qu'il ne s'agissait pas d'un faux carrefour (je voulais que les deux voies soient, en fin de compte, parcourues; j'avais à dire les deux), dès que je me suis représenté "le grand incendie de Londres", comme le récit d'un parcours dans le système des branches de l'arbre du Projet, comme la lecture de la carte routière d'un pays où avait lieu le Projet, du réseau hydrographique des rivières au coeur du continent géologique, du squelette du corps, des nervures dans la feuille verte; dès que j'ai accepté de considérer comme vain l'effort d'une représentation topologique linéaire

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