Lecture hypertextuelle de l'oeuvre de Stendhal

Gérard Genette:

George Landow (Hypertext: The Convergence of Contemporary Critical Theory and Technology, p.113-114) rapproche la lecture que fait Genette de l'oeuvre de Stendhal de celle que l'on peut faire d'Afternoon de Michael Joyce.

Aporie du stendhalisme. Elle pourrait se formuler à peu près comme suit: ce que l'on appelle l'"oeuvre" de Stendhal est un texte fragmenté, morcelé, lacunaire, répétitif, et par ailleurs infini, ou pour le moins indéfini, mais dont aucune partie ne peut être séparée de l'ensemble. Qui tire un seul fil doit emporter toute la nappe, avec ses trous, et jusqu'à son absence de bords. Lire Stendhal, c'est lire tout Stendhal, mais lire tout Stendhal est impossible, pour cette raison entre autres que tout Stendhal n'est pas encore publié, ni déchiffré, ni découvert, ni même écrit: j'entends bien, tout le texte stendhalien, car la lacune, l'interruption du texte, n'est pas une simple absence, un pur non-texte: c'est un manque, actif et sensible comme manque, comme inécriture, comme texte inécrit.

Gérard Genette, Figures II, coll. Points, Seuil, 1969, p. 176

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