Cybèle

Déesse de la terre, fille du ciel, épouse de Saturne, mère de Jupiter, de Junon, de Neptune, de Pluton, Cybéle symbolise l'énergie enfermée dans la terre. Elle a engendré les dieux des quatre éléments. Elle est la source primordiale, chthonienne, de toute fécondité. Son char est traîné par des lions; ce qui signifie qu'elle maîtrise, ordonne et dirige la puissance vitale. Elle est parfois couronnée d'une étoile a sept branches, ou d'un croissant de lune, signes de son pouvoir sur les cycles de l'évolution biologique terrestre. C'est sous la forme d'une pierre* qu'elle fut d'abord adorée.

Les Romains firent venir de Pessinonte a Rome, vers 205 avant JC, la pierre noire qui était son symbole : Elle contient les germes qui lui permettent de faire croître pour le genre humain et les moissons blondes et les arbres chargés de fruits, et de fournir également aux espèces sauvages errant sur les montagnes des cours d'eau, des frondaisons et de gras pâturages. Aussi lui a-t-on donné à la fois les noms de grande Mère des Dieux, Mère des espèces sauvages, et Créatrice de l'humanité (Lucrèce, De 10 Nature, 11, v. 595-600, traduit par A. Ernout, les Belles Lettres, Paris, 1946). Son culte introduit de Phrygie a Rome au IIle siècle avant 1.-C., comme celui de la Mère des dieux, atteignit son apogée sous l'empire.

Cybéle est la Déesse Mère, la Magna Mater, la Grande Mère asiatique dont le culte se confond, dans les temps les plus anciens et dans toutes les régions, avec celui de la fécondité. Elle est tantôt assise sous l'arbre de vie, tantôt entourée de lions, tantôt ornée de fleurs. Chez les Grecs, ce sont Gaia, Rhéa qui tinrent son rôle et qui longtemps luttèrent, dans la dévotion des Hellènes, contre l'introduction du culte extatique et déréglé de cette déesse asiatique. Ses deux symboles, le lion* et le tambourin*, sont d'origine asiatique.

Un hymne homérique décrit ainsi la Mère des dieux: ... Muse harmonieuse, fille du grand Zeus, Mère de tous les dieux et de tous les hommes, Elle aime le son des crotales et des tambourins. ainsi que le frémissement des flûtes; elle aime aussi le cri des loups et des lions au poil fauve. les montagnes sonores et les vallons boisés. A l'époque de la décadence romaine, Cybélé sera associée au culte d'Attis, le dieu mort et ressuscité périodiquement, dans un culte dominé par les étranges amours de la déesse, par des rites de castration et par les sacrifices sanglants du taurobole. Dans une forme quasi délirante; elle symbolisera les rythmes de la mort et de la fécondité, de la fécondité par la mort.

Toute une théologie, la doctrine melroaque s'élaborera autour de la déesse. Mélange de barbarie, de sensualité et de mysticisme ILAVD, 639-642), son culte a cependant inspire a l'empereur Julien, au lVe siècle de notre ère, l'une des plus belles prières, dans laquelle le symbolisme transfigure et sublime la légende.

O Mère des Dieux et des hommes,

O Parèdre du grand Zeus, Déesse créatrice de vie,

Sagesse , Providence, Créatrice de nos âmes,

O amante du grand Dionysos,

A ccorde a tous les hommes le bonheur,

Dont l'élément capital est la connaissance des Dieux

(Empereur Julien, Sur la Mère des Dieux, XX BEAG, 480)

François Mauriac a consacré à ce mythe un admirable poème Le Sang d'Atys : Rien, rien n'arrachera ta racine profonde a mon immense corps engourdi de plaisir.