Oursin

L'oursin fossile qui, d'après Pline, jouissait en Gaule d'une grande popularité, relève du symbolisme général de l'oeuf du monde. Pline l'appelle d'ailleurs ovum anguinum, oeuf de serpent, et il le met en relation directe avec les doctrines druidiques, sans toutefois estimer ces dernières plus que d'assez vagues superstitions :

Il est une espèce d'oeuf, oubliée par les Grecs, mais en grand renom dans les Gaules : en été, des serpents innombrables se rassemblent, enlacés et collés les uns aux autres par la bave et l'écume de leur corps ; cela s'appelle oeuf de serpent. Les druides disent que cet oeuf est projeté en l'air par les sifflements des reptiles et qu'il faut le recevoir dans une saie avant qu'il touche la terre.

Le ravisseur doit s'enfuir à cheval, car les serpents le poursuivent jusqu'à ce qu'ils en soient empêchés par l'obstacle d'une rivière. On reconnaît cet oeuf à ce qu'il flotte contre le courant. Mais comme les mages sont habiles à dissimuler leurs fraudes, ils affirment qu'il faut attendre une certaine lune pour recueillir cet oeuf comme si la volonté humaine pouvait faire coïncider la réunion des serpents avec la date indiquée.

J'ai vu cet oeuf : il est de la grosseur d'une pomme ronde moyenne et la coque en est cartilagineuse, avec de nombreuses cupules, comme celles des bras des poulpes.Il est célèbre chez les druides. On en loue l'effet merveilleux pour le gain des procès et l'accès auprès des rois ; mais ceci est faux : un chevalier romain du pays des Voconnes qui, pendant un procès, en portait un dans son sein, fut mis à mort par le divin Claude, empereur, sans aucune autre raison, à ma connais- sance. (Nat. Hist. 29, 52-54).

L'archéologie donne de nombreux exemples d'oursin fossile dont nous citerons les deux plus typiques. L'un est a Saint-Amand (Deux-sévres) . au centre d'un tertre qui ne comportait aucun vestige funéraire, on a retrouvé une petite capse formée de six plaques de schiste d'une vingtaine de centimétres de longueur, au centre de laquelle se trouvait un oursin fossile.

L'autre est à Barjon (Côte-d'Or), sur l'aire de base d'un tertre également dépourvu de vestiges funéraires (OOAC, 17, 218 et 224). Il existe de même une corres- pondance iranienne précise (OOAC, 6, 228). Le symbole fondamental de l'oursin est l'oeuf du monde ; mais il y a des rapports étroits entre les divers symbolismes de l'oeuf du serpent*, de la pierre* et de l'arbre* et on pourrait ajouter d'autres développements symboliques sur le coeur et la caverne (a cause de la forme du micraster), ou encore la rose-croix et la signification symbolique des oeufs de Pâques (CHAE, 943-954 ; LERD, 62).

Ce symbole de la vie concentrée, oeuf primordial, signifiait dans la doctrine des Cathares (AMAO, 175), la double nature du Christ : la puissance réunie du divin et de l'humain. L'oursin fossilisé a suivi, dans son histoire symbolique, la courbe ascendante la plus parfaite : oeuf de serpent, oeuf du monde, manifestation du Verbe. Tout le contraire d'une involution, il symbolise l'évolution destinée à un sommet.