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L'oeuf, considéré comme contenant le germe à partir duquel se développera la manifestation, est un symbole universel et qui s'explique de lui-même. |
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symbole de la naissance du monde
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La naissance du monde à partir d'un oeuf est une idée commune aux Celtes, aux Grecs, aux Égyptiens, aux Phéniciens, aux Cananéens, aux Tibétains, aux Hindous, aux Vietnamiens, aux Chinois, aux Japonais, aux populations sibériennes et indonésiennes, à bien d'autres encore. Le processus de manifestation revêt toutefois plusieurs aspects; l'oeuf de serpent celtique, figure par l'oursin* fossile, l'oeuf crache par le Kneph égyptien, voire par le dragon chinois, représentent la production de la manifestation par le Verbe. |
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D'autres
fois, l'homme primordial nait d'un oeuf c'est le cas de
Prajâpati, de P'an-kou. D'autres héros chinois
sont nés ultérieurement d'oeufs
fécondes par le soleil, ou de l'ingestion d'oeufs
d'oiseau par leur mère. Plus fréquemment
encore,
l'oeuf
cosmique,
né des eaux primordiales, couve à leur surface
(par l'oie Hamsa, dit-on en Inde, qui est l'Esprit, le
Souffle divin), se sépare en deux moitiés pour
donner naissance au Ciel et à la Terre : c'est la
polarisation de l'Androgyne*. |
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L'oeuf primordial du Shintô se sépare de même en une moitié légère (le Ciel) et une moitié dense (la Terre). Ibn al-Walîd figure de façon assez voisine la Terre, dense comme le jaune de l'oeuf coagulé, le Ciel, plus léger comme le blanc qui l'entoure. Ce symbolisme général, liant l'oeuf à la genèse du monde et à sa différenciation progressive, mérite d'être précisé. L'oeuf une réalité primordiale, qui contient en germe la multiplicité des êtres. |
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Pour les Égyptiens, sous l'action d'un démiurge, émergera du Noun, personnification de l'océan primordial, eau absolue contenant des germes de création en attente, une butte, sur laquelle un oeuf éclora. De cet oeuf, - le mot est féminin en Égyptien - un dieu jaillira, qui organisera le chaos, en donnant naissance aux êtres différenciés. Le dieu Khnoum issu de cet océan et de l'oeuf primordial fabriquera à son tour, à la façon d'un potier, les oeufs ou embryons, ou germes de vie. Il est le modeleur des chairs. Mais l'Égypte ancienne connaissait diverses cosmogonies. Selon celle d'Hermopolis, l'oeuf primordial n'était autre que la Qerehet, patronne des forces vitales de l'espèce humaine. Le grand lotus initial, dont le calice s'illumine en s'ouvrant le matin à la surface des fanges du delta, jouait le même rôle dans d'autres traditions. Le soleil lui-même serait né du germe mystérieux que l'oeuf-Mère entourait (SOUN, 22-62). |
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Selon les traditions cananéennes, Mochus met à l'origine du monde l'éther et l'air d'où nait Oulômos (L'Infini). Oulômos engendre l'oeuf cosmique et Chansôr (le dieu artisan). Chansôr ouvre l'oeuf cosmique en deux ef forme le ciel et la terre de chacune de ses deux moitiés (SOUN, 183). |
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Dans l'Inde,
selon la Chândogya Upanishad (3, 19), l'oeuf est
né du Non-être et il a engendré les
éléments : Au commencement, il n'y avait que
le Non-être. Il fût l'être. Il grandit et
se changea en oeuf. Il reposa toute une année, puis
il se fendit. |
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Selon des
doctrines tibétaines, pour n'être pas
primordial, l'oeuf est cependant à l'origine d'une
longue généalogie d'hommes : De l'essence des
cinq éléments primordiaux, un grand oeuf est
sorti. |
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Dans les
traditions chinoises, avant toute distinction du ciel et de
la terre, le chaos lui-même avait l'apparence d'un
oeuf de poule. Au bout de 18000 ans (nombre- symbole d'une
période indéfinie), l'oeuf- chaos s'ouvrit :
les éléments lourds formèrent la terre
(Yin) ; les éléments légers et purs le
ciel (Yang). L'espace qui les séparait grandissait
chaque jour. Au bout de 18000 ans, P'an Kou mesura la
distance entre le ciel et la terre. |
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Le Grand
Temple Inca de Coricancha, a Cuzco, avait pour principal
ornement une plaque d'or de forme ovale, flanquée des
effigies de la lune et du soleil. Lehman Nitsche y voit la
représentation de la divinité suprême
des Incas, Huiracocha, sous la forme de l'oeuf cosmique. Il
cite à l'appui de sa thèse plusieurs mythes
cosmologiques recueillis au Pérou par les premiers
chroniqueurs espagnols, dont celui-ci : le héros
créateur demande à son père, le Soleil,
de créer les hommes pour peupler le monde. Celui-ci
envoie sur terre trois oeufs. Du premier - oeuf d'or -
sortiront les nobles; du second - oeuf d'argent - sortent
leurs femmes; du troisième enfin - oeuf de cuivre -
est issu le peuple. |
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Dogons |
Le mythe de
l'oeuf cosmique se retrouve chez les Dogons et les Bambaras
du Mali. Le glyphe (ici, dessin de bonhomme stylisé)
vie du monde des Dogons le représente, au sommet
supérieur de la croix des des directions cardinales,
en opposition à un autre oeuf, ouvert vers le bas, et
qui est la matrice terrestre, la jarre femelle (GRIS). |
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L'oeuf est une image du monde et de la perfection, pour les Likouba et Likouala du Congo, selon ce que rapporte de leur pensée cosmogonique J.-P. Lebeuf. Le jaune représente l'humidité féminine, le blanc le sperme masculin. Sa coquille, dont l'intérieur est isolé par une membrane, représente le soleil, issu de la coquille de l'oeuf cosmique qui aurait brûlé la terre, si le créateur n 'avait transformé la membrane en atmosphère humide. Aussi les Likouba et les Likouala disent-ils que l'homme doit s'efforcer de ressembler à un oeuf. |
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Dans le Kalevala (Finlande), avant la naissance du temps, la Vierge, déesse des eaux, laisse apparaître son genou à la surface des eaux primordiales. Le canard (maître de l'air) y dépose 7 oeufs, dont 6 d'or et 1 de fer. La vierge plonge, les oeufs se brisent dans les eaux primordiales : le bas de la coque de l'oeuf forma le firmament sublime, le dessus de la partie jaune devint le soleil rayonnant, le dessus de la partie blanche fut au ciel la lune luisante : tout débris taché de la coque fut une étoile au firmament, tout morceau foncé de la coque devint un nuage de l'air le temps avança désormais... (trad. J.-L. Perret, Le Kalevala, Paris). Ainsi l'oeuf est souvent une représentation de la puissance créatrice de la lumière. Dans le domaine celtique, on n'a aucun témoignage direct sur le symbolisme de l'oeuf. Celui-ci est inclus dans celui de l'oursin*, fossile, ovum anguinum ou oeuf cosmique qui contient en germe toutes les possibilités. |
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Magma |
Dans la
structure de toutes ces cosmogonies, l'oeuf joue le
rôle d'une image- cliché de la totalité
(Mircea Eliade, dans SOUN, 480). Mais il succède en
général au chaos, comme un premier principe
d'organisation. La totalité des différences
procède de lui, non le magma
indifférencié des origines. |
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Rénovation périodique
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L'oeuf apparaît également comme un des symboles de la rénovation périodique de la nature : tradition de l'oeuf de pâques, des oeufs colorés, dans de nombreux pays. Il illustre le mythe de la création périodique. Mircea Eliade s'élève contre une interprétation empirico-rationaliste de l'oeuf considéré comme germe,... le symbole que l'oeuf incarne (d'après les ensembles mystico- rituels de maintes religions) ne se rapporte pas tant à la naissance qu'à une renaissance, répétée suivant le modèle cosmogonique... L'oeuf confirme et promeut la résurrection qui... n'est pas une naissance, mais un retour, une répétition (ELIT, 347- 348). Il nous semble que les deux interprétations ne sont point incompatibles, comme parait le croire Mircea Eliade. Il est bien clair que l'oeuf symbolise la renaissance et la répétition; il ne l'est pas moins que, d'après les textes les plus anciens, l'oeuf est, aux origines, un germe ou une réalité primordiale. Sa fonction cyclique est consécutive à son rôle premier. S'il y a construction rationaliste, nous la voyons plutôt dans une conception inspirée d'un modèle cosmogonique, qui se répéterait. Ce qui n'empêche que l'oeuf symbolise aussi un cycle biologique. |
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Béotie |
Des oeufs d'argile découverts dans des sépultures de Russie et de Suède, par exemple, ont été interprétés comme des emblèmes de l'immortalité et des symboles de résurrection. Les multiples valeurs de symbole qu'assume une même image ne sont point surprenantes. Dans des tombeaux de Béotie, on a également découvert des statues de Dionysos portant un oeuf dans la main, promesse et signe de retour à la vie. On conçoit dès lors que les doctrines qui condamnent le désir d'un retour périodique à l'existence, pour recommander la sortie du cycle des réincarnations infinies, proscrivent l'usage des oeufs. Les règles orphiques, par exemple, interdisaient d'en manger. Mais la perspective orphique est bien différente de celle des ascètes bouddhistes. Ceux-ci veulent rompre tous les liens qui les rattachent au monde et visent à l'extinction du désir ; les orphiques tendent au contraire à intensifier, mais à orienter le désir vers une transfiguration spirituelle ; à cette fin, il leur appartient d'éviter avant tout le contact avec les choses qui symbolisent religieusement... quelque rapport avec le monde de la caducité et de la mort. Or les oeufs sont, selon les coutumes qu'ils rejettent, offerts aux morts en nourriture, comme gage de renaissance. Les règles orphiques ayant pour but d'affranchir l'âme de tout ce qui l'attache à la terre, de façon que, purifiée, elle retourne au Dieu dont elle procède, se doivent de condamner ce symbole des renaissances terrestres. L'oeuf la lierait au cycle des renaissances, dont elle veut s'échapper. Cette conséquence d'une prohibition confirme d'ailleurs la croyance en la valeur quasi magique de l'oeuf, en sa signification fondamentale d'origine de la vie d'ici-bas. |
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L'oeuf
participe également du symbolisme des valeurs de
repos, comme la maison, le nid, la coquille, le sein de la
mère (BACE, 51-130). Mais au sein de la coquille,
comme en celui, symbolique, de la mère*, joue la
dialectique de l'être libre et de l'être
enchaîné. De cette douce
sécurité, le vivant aspire à sortir le
poussin brise sa coque douillette et tiède. L'oeuf,
comme la mère, deviendra le symbole des conflits
intérieurs entre le bourgeois avide de confort et
l'aventurier épris de défi, qui sommeillent en
l'homme, ainsi qu'entre les tendances à
l'extraversion et celles de l'introversion. |
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Germe spirituel |
C'est également à l'idée de germe, mais de germe d'une vie spirituelle, que se réfère la tradition alchimiste de l'oeuf philosophique. Foyer de l'univers, il renferme dons sa coquille les éléments vitaux comme le vase hermétiquement clos contient le compost de l'oeuvre. Le vase, qu'il soit matras, aludel, cucurbite ou cornue, devait comme l'oeuf être couvé pour que son compost pût se transformer. La chaleur de 10 couvaison était entretenue dans un athanor* ou fourneau alchimique... Le compost pouvait être distillé pour servir à 10 composition de l'élixir ou encore subir la transmutation en or ou en argent... "Des produits du compost... doit naître l'enfant de 10 philosophie, c'est-à-dire l'or, c'est-à-dire la sagesse" (VANA, 19). |
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L'oeuf philosophique |
Un manuscrit hermétique anonyme, cité par E. Monod-Herzen (MONA, 63-64), parle de l'oeuf philosophique en ces termes : Voici ce que les anciens disent sur l'oeuf les uns l'appellent 10 pierre de cuivre, la pierre d'Arménie, d'autres 10 pierre encéphale, d'autres la pierre qui n'est pas une pierre, d'autres la pierre égyptienne, d'autres l'image du monde. L'athanor*, fourneau des alchimistes, était traditionnellement comparé à l'oeuf cosmique. L'oeuf symbolise le siège, le lieu et le sujet de toutes les transmutations. |
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Pierres Scarabée |
Le symbolisme de l'oeuf s'exprime aussi par des images moins directes comme les pierres* ovoïdes (ainsi celle de Cybèle*), la boule du scarabée* bousier, la partie hémisphérique du stûpa*, effectivement nommée anda (oeuf). Cette boule, ce stûpa contiennent un germe, une semence de vie. L'oeuf peut en ce sens être rapproché d'autres symboles comme la conque, la caverne, le coeur, 1'ombilic, centres du monde, origines de développements spatiaux, temporels, biologiques. |
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La ponte et
la couvaison de l'oeuf comportent elles-mêmes divers
aspects symboliques qui valent d'être notés. La
poule qui couve est considérée, dans les
sectes de méditation bouddhiques, comme le symbole de
la concentration de l'esprit et de son pouvoir
spirituellement fécondant. |
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Plus prosaïquement, mais sans nous éloigner des notions précédentes, notons que l'oeuf est parfois pris comme symbole de prospérité : si les A-kha du Nord-Laos rêvent qu'une poule pond plusieurs oeufs, ils interprètent le songe comme une promesse de richesse prochaine. |