"Ceremony of innocence // Postales"

analyse de dispositifs interactifs et narratifs en vue de l'élaboration d'un vocabulaire critique.
[ séance du 21 mars 2001 ] - [ texte et présentation par ] Luc Dall'Armellina - Université Paris8

3 schémas complémentaires

L'emboîtement des champs de l'œuvre :

L'idée ici est de montrer que ce qui nous est donné à voir dans un dispositif procède de l'emboîtement des échelles. Notre champ de vision à l'écran, variable selon l'environnement et le type de machine, la situation et la taille de l'écran, la distance de travail par rapport à l'écran, le type de clavier (portable ou station de type "desktop").

Puis viennent les champs multiples : celui physique de l'écran, sa surface utile d'affichage, celui du système d'exploitation, celui du dispositif avec ses propres menus et fenêtrages (navigateur web ou projecteur autonome), enfin, le(s) fenêtrage(s) propres au dispositif, qui peuvent comprendre eux aussi un autre niveau d'emboîtement (espaces en VRML, jeux vidéos avec interfaces de sélection, manipulation), lui même partageable en zones ou frames (web) ou en écrans autonomes (cédérom, par exemple l'objet MIAW de director Lingo dont l'artiste Claude Closky fait un usage quasi systématique dans le cédérom "Le Temps déborde" pour l'exposition du même nom en 2000 - Synesthésie)

Les points de convergence du dispositif :

Ici, l'occasion est donnée de mettre l'acent sur l'aspect système complexe du dispositif.

Où l'oeuvre n'est pas statique et n'existe pas en tant que telle. Son existence [du latin ec-sistere "vivre au dehors de...] se fait dans la dynamique d'un acte, celui d'un spect-acteur, qui s'actualise en fonction d'actions posées sur le dispositif "intelligent" d'un auteur.

Auteur d'un corpus "texte-image" (on pourrait dite multimédia) et d'un corpus "algorithmique-comportemental). Auteur et lect-acteur partagent - ou non - un même fond culturel et technique, l'hypothèse est qu'ils partagent un minimum de références culturelles et un minimum de connaissances techniques afin que la rencontre puisse avoir lieu.

La machine, loin d'être le seul lieu de fonctionnement mécanique de l'oeuvre est l'élément par lequel, l'actualisation (acte//actuel) et la visualisation (visuel//actif) puissent opérer.

L'expérience de l'oeuvre

L'enaction renvoie au sciences cognitives [ voir Francisco Varela - Introduction aux sciences cognitives ] et au débat entre deux de ses courants (le connexionisme et le connectivisme) divisés à propos de la représentation. Le différent porte - dans cette théorie de la connaissance - sur la critique de la représentation (du monde) et s'inscrit (à la suite de celle de M. Heideigger, M. Merleau-Ponty et M. Foucault) et où l'idée clé (du connexionisme) est celle du "faire-émerger" (ou énaction) une représentation interne lors du processus de pensée.

Ici, l'hypothèse est que le dispositif se construit dans une tension à trois composantes :

  • signe-indiciel
  • textuel-symbolique
  • numérique-énactique

et au centre de laquelle se situe un lect-acteur (point rose) dont la position est mouvante dans l'espace selon le type d'action qu'il entreprend dans le dispositif.

Le pôle "signe-indiciel" est celui de l'espace, où l'on retrouve les directions possibles > vers le temps et le récit par la perte de l'indiciel au profit du symbolique (du pictographique à l'abstraction de l'alphabet par exemple) > vers le calcul où l'image se fragmente, devient support de liens (images-maps), support de noeuds (vr avec hot-spots), espace d'actes algorithmisés (vr sonore, vrml)

Le pôle "textuel-symbolique" est celui du texte et de ses plis, de ses tissages de réseaux de relation(s) contextuelle(s), poétiques, sémantiques. C'est la problématique du lien, du fragment, et finalement de hypertexte. Sa progression vers le clacul entraîne les graduations vers des dispositifs à générateurs de liens, à liens conditionnels, à générateurs de textes.

Luc Dall'Armellina - Université Paris8, le 02 avril 2001