corps à corps |
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| [ à propos de "La Morsure", de Andrea Davidson ] | |||
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table ronde #1 |
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geste, acteur et personnage dans la fiction interactive |
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table ronde #3 |
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[ journées d'études du séminaire - vendredi 7 juin 02 ]
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Jean-Louis Weissberg |
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analyse de dispositifs interactifs et narratifs en vue de l'élaboration d'un vocabulaire critique. |
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3/5 pages |
Intention : affinement de lenquête sur les rapports geste-image actée vers les notions de geste interfacé et celle de corps imaginaire. Avec La Morsure, poème, récit, danse, geste, corps humain, chorégraphie, tout à la fois, il y avait tout pour allécher mon attention et poursuivre une trajectoire débutée dans le séminaire, avec lanalyse de 18:39. Dans Le signifiant imaginaire, Metz écrit : À chaque instant, je suis dans le film par la caresse de mon regard . Dans La Morsure, je suis dans la scène par la caresse de ma main-il. Et Andréa Davidson affirme quon est dans la situation dun aveugle qui doit toucher pour voir . Mais les mots sont trompeurs lorsquon affirme que lil saugmente de la tactilité ou la main de la vision. On peine à exprimer cette composition des sens qui nest pas une adjonction mais plutôt une hybridation. Cest la découverte de ces nouveaux composés, de ces nouvelles formules dimbrication des sens qui est à la source du plaisir perceptif et cognitif. Lenjeu esthétique de linteractivité cest bien dexprimer ces nouvelles perceptions. Et les exprimer revient à fabriquer des concepts pour décrire ces compositions propres à lère numérique-interactive de limage. On comprend pourquoi ce nest pas (seulement) un tic décriture qui me pousse à proposer des néologismes. Lapparition de réalités inédites exige quon fasse un effort pour les nommer convenablement (cest la vie du langage). Cest aussi cela participer à lélaboration dun vocabulaire critique . Dans lexpérience de cette uvre, une question principale ma retenu : comment le geste interfacé construit-il un corps imaginaire acté ? Répondre, cest préciser la position de ce corps, cest-à-dire la place quoccupe le spectacteur. Trois déclinaisons de cette question.1 - Lobjet du geste interfacé nest pas l image Dabord une définition du geste interfacé : couplage des gestes effectués sur linterface et de leurs significations dans la scène (analogie avec signifiant/signifié et aussi avec la partition peircienne indice/icône/symbole). Donc, nous nagissons pas sur les danseurs. Ni sur leur image (au sens habituel du terme image), ce ne sont pas nos marionnettes. En ce sens, le terme spectacteur est à propos : il sagit bien à la fois dêtre spectateur, à distance comme dans une salle de spectacle, et dêtre, aussi dans un sens à préciser, acteur du spectacle de la danse (et non de la danse). Ici, cet espace dramaturgique est composé de trois niveaux superposés dans le temps : I - la danse chorégraphiée (celle qui a eu lieu), II - son filmage et sa mise en scène incluant la découpe singulière des séquences dans le temps, leur disposition dynamique dans lespace de lécran - pointant vers ce que le cinéma appelle le montage, mais qui nen est pas ici à proprement parler -, et surtout leur mise-en-disponibilité-du-geste, III - et, finalement, laction sur ces séquences ainsi disposées : ni pur spectacle, ni maîtrise, mais spectacte. 2 - Un geste faible pour un couplage-ajustementLaction sur limage nest jamais ici de maîtrise complète : on collabore à un mouvement qui possède ses mobiles (cest le cas de le dire) : on ne danse pas avec le danseur (ou la danseuse). Le spectacteur est dans une certaine extériorité. On peut agir jusquà un certain point : influer mais pas commander. Cest un geste faible , on pourrait dire mesuré, allégé. Les gestes ont un avenir, une intentionnalité qui leur appartient et dont on peut juste se faire les accoucheurs et non pas les maîtres (cette thématique de la mise en faillite de la maîtrise est très importante car elle concerne, sur le fond lesthétique de linteractivité, considérée bien trop souvent comme conquête de contrôle, on y reviendra). Il y a là comme un accompagnement qui suppose une autre formule de rapport au spectacle par lintelligence du geste interfacé Ce couplage construit une figure de corps imaginaire (éventuellement partiel, un bras, des paupières) où se reconnaît à la fois laltérité du personnage et sa disponibilité à notre couplage. Cest ça, ici, construire son corps imaginaire interfacé , celui quexige la situation : pas le corps simplement perceptif du cinéma, mais le corps interfacé construit par des gestes (eux-mêmes interfacés), 3 - Comment décrire la position du spectacteur ?Lhypothèse projective est la première qui se présente : je transfuse par moments vers le corps des danseurs, ils portent ma danse. Certes ce doit être vrai, mais, comment dire, trop univoque. Je suis à la fois moi-même et à distance, dans la peau dun autre qui me fait danser (pas à sa place). Donc, pas didentification. Cette phase ne se consolide pas suffisamment pour que je me confonde avec lui. Je me tiens dans un espace dynamique, qui balance entre le pôle effigie interfacée et le pôle de mon corps propre. Dailleurs, observation importante, il ny a pas de pointeur à lécran représentant le spectacteur. Doù lidée dune position spectrale doublant les danseurs, ombre portée de sa présence par sa recherche dune syntonie gestuelle. Syntonie ( accord de circuits sur les mêmes longueurs donde ), dont lenjeu dramaturgique me semble lun des aspects centraux de cette uvre. On peut dire que le spectacteur apprend son rôle de double par la recherche du geste syntone (souvent faible ) qui ouvre lespace du dédoublement. Est-ce ma main poussant la souris sur le tapis qui fait sétendre et se replier ce bras, qui fait se lever cette figurine et lallonger à nouveau ? Avant que je découvre quil sagit dune boucle et que je parvienne à ajuster mes glissements manuels sur la souris, un trouble perceptif surgit. Je perçois la relation entre mes mouvements et ceux de la figurine ; mais tellement confusément que le doute est massif, et lidée quelle se meut delle-même lemporte souvent. La Morsure est probablement lune des premières uvres (on pourrait aussi évoquer Moments de Jean-Jacques Rousseau de J.-L. Boissier, objet dune autre intervention dans cette table-ronde) qui concrétise la notion dart du geste interfacé et quelle nous oblige de ce fait à préciser cette notion en regard, notamment, des autres champs (spécialement les jeux vidéo) où des personnages, des figurines sont exposées à nos interventions gestuelles. |
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© Jean-Louis Weissberg - 2002 [ texte en cours de publication dans une forme augmentée aux éditions l'Harmattan - Collection "Champs Visuels" - à paraître en octobre 02 ] |
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