des récits pour le meilleurs et pour le pire1 #3 |
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table ronde #1 |
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table ronde #2 |
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l'image acteur : autonomie de l'image, parcours et narrativité |
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[ journées d'études du séminaire - samedi 8 juin 02 ]
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Madeleine AkTypi |
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analyse de dispositifs interactifs et narratifs en vue de l'élaboration d'un vocabulaire critique. |
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3/5 pages |
Cette table ronde est circonscrite par trois thématiques : autonomie de limage, parcours et narrativité. Puisque notre propos portera sur les interfaces dun site Internet, les questions de lautonomie de limage et de la narrativité semblent plus ou moins secondaires : les interfaces ne sont jamais des images autonomes ; justement elles sont toujours narratives. Elles se destinent à quelquun et elles engagent à des actions. On gardera donc la troisième question, celle du parcours. Le site en question est www.panoplie.org . Dans les archives, on choisit Silence hiver-printemps 2000. Sous une même thématique, celle du silence, une dizaine de créations sont accessibles à partir de linterface première, qui joue le rôle à la fois dintroduction et de portail. Dici on peut aller vers les uvres, mais aussi vers un autre site collaborant, www.incident.net. Si on laisse de côté la qualité graphique et sonore, résistante et persistante, de cette interface, il ny a rien de singulier. Pourtant, quand on clique sur une de feuilles, on tombe sur une image. Silencieuse, cest vrai, voire muette. Aucun indice, juste une image. Seul recours dinternaute, la ballade de la souris sur la surface à la recherche dun point de passe (comme on dit mot de passe). Bientôt on le trouve : le curseur devient main blanche, signal quil est temps de cliquer. Mais la main blanche a disparu aussitôt. On la cherche de nouveau. Quand on la retrouve, on est averti et préparé : on appuie sur la souris plusieurs fois et on comprend que le lien opaque sur lequel on a fini par cliquer était celui de luvre quon avait commencé par choisir sur linterface initiale. Tout accès aux uvres proposées passe par une telle image qui devient, savère être une interface. Cette initiation est importante à plus dun titre. - Elle exhibe la différence et démontre le passage entre une image et une interface. - Elle est aussi, mais non pas de façon égale, une uvre sur le silence (comme on le voit quand on clique sur la feuille Bernard Joisten ). - À travers sa fonction initiatrice aux autres uvres, sa répétition et sa différence, elle forge un chemin. - Elle crée donc quelque chose de singulier. Elle impose un rythme, cest-à-dire, une connivence du temps et de lespace, qui bat la mesure de notre rencontre avec les créations. - Elle nest donc pas une interface comme les autres. - Elle est une interface interstitielle. - Mais linterstitialité est une qualité inhérente à ce quon nomme interface. (Les interfaces ne peuvent pas constituer des lieux propres ou clos, seulement proposer des passages, qui proposent des passages. En cela, elles sont interstitielles et par position et par nature, liant /séparant des interfaces. Une interface mène vers une autre interface ; une interface prend la place dune autre interface. Il ne sagit pourtant pas dun rapport de succession ni de substitution. Il suffit de regarder un diaporama fonctionner pour comprendre que les interfaces ne lui ressemblent pas, quelles ne succèdent pas les unes aux autres. Avec le diaporama, une image suit une autre dans un pur rapport de succession prédéfinie. Les interfaces au contraire disposent des points de passage des unes vers les autres. Elles sont programmées et réalisées (design) de manière telle quelles disposent donc des moyens daction sur les autres interfaces et du coup sur elles-mêmes. Elles ont en elles les moyens de leur propre extinction. Mais leur extinction nest pas une perte mais le gain dune autre interface, qui nest pas la suivante ni la précédente comme les navigateurs le font croire, mais des interfaces appelées. Bien plus que des images ce sont alors des machines solidaires. Cest à cause de cette solidarité que naît limpression de succession.) - La différence des interfaces de Bernard Joisten réside donc dans leur répétition et différenciation en tant quinterstices. On les appellera interfaces interstitielles répétitives et différentielles par quoi il faut entendre ce qui se répète tout en se différenciant, ce qui revient mais différent. - Cela implique un rythme. Donc un parcours. - Ce qui veut dire, une expérience à la fois spatiale et temporelle. - Et qui résulte de ce quon appelle stratégie de spatialisation (du temps) du cyberespace . - Qui crée un fait commun, une communauté dintention qui ne se réduit ni aux uvres présentées ni à une intention commune de la part des artistes impliqués. Cest leur mise en écran, leur disposition au sens de la dispositio en rhétorique, qui fait que cette intention circule entre les uvres et quelle puisse être partagée par nous. - Tout cela fait que le parcours, loin dêtre une simple visite, exposition, etc. devient récit. Dans le cas du cyberespace donc, lenjeu de lagencement dun parcours se situe paradoxalement dans lagencement des structures à tendance "pseudo-homogénéisante" à cause du manque essentiel de dedans ou de dehors , de géographie établie une fois pour toutes, due à linterstitialité inhérente des interfaces. Selon ces contraintes, le Silence de Panoplie propose à nos yeux des structures répétitives différentielles créant une cohérence associative là, où, faute dobservateur déclencheur, il ny en aurait pas. Ainsi, les photos de Joisten sont des interfaces qui fonctionnent comme des passages obligés vers chaque uvre et qui proposent des variations sur un même thème ; le silence hivernal comme initiation et préambule à chaque création individuelle. Ces photos sont ressemblantes sans être identiques ; posées de façon interstitielle entre chaque uvre sur le silence tout en étant elles-même une série duvres sur le silence, elles indiquent une matérialisation de ce quon pourrait appeler une stratégie de spatialisation (du temps) du cyberespace . Elles mettent en scène un rituel de marche qui donne au parcours un temps propre et une dimension spatiale spécifique. Elles mettent donc en écran un récit : non pas une fiction et non pas une narration. Car linteractivité devient parcours. La forme de ce récit nest pas linguistique mais temporelle. Ce récit ne relate pas, il est la relation au temps et à lespace du Silence. Par ailleurs, il produit des mots, comme ici, par ce texte et par cette intervention, cest pourquoi plus quà Internet il appartient au cyberespace, qui nest pas réductible au réseau ni au système technique, mais qui est un mot forgé pour dire tout ce que ce réseau et ce système déclenchent et génèrent : les morceaux de bits téléchargés qui peuplent nos disques durs, ce texte écrit pour des sites web, les rencontres qui sy font, les synergies qui sy créent, les liens qui sy tissent et qui amènent ailleurs, etc. |
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© Madeleine AkTypi - 2002 [ texte en cours de publication dans une forme augmentée aux éditions l'Harmattan - Collection "Champs Visuels" - à paraître en octobre 02 ] |
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| NOTES::: | |||
| 1 | La version #1 sétant créée pour une intervention au sein du séminaire en juin 2001 (cf. le site du séminaire) et la version #2 étant rédigée en vue de la publication collective du séminaire à la collection Champs Visuels des éditions LHarmattan (rentrée 2002). |