"ISABELLE : cette forme de fiction est-elle viable ?"
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texte discutant
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analyse de dispositifs interactifs et narratifs en vue de l'élaboration d'un vocabulaire critique. |
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introductionLe dispositif « Isabelle » nous a plongé dans la même perplexité, cette « ambiguité de la pensée » liée au doute et à lembarras. Une difficulté pour moi que celle de tenter ce rôle de discutant à propos dun texte orienté sur les questions du récit, de la fiction, de la narration et de linteractivité . Ces termes me semblent si problématiques ou simplement, tellement chargés dans notre contexte du séminaire que jen emploierai dautres dans la mesure du possible. [ en attendant peut-être la clarification quun glossaire cartographique pourra nous apporter ] Ma tentative sera de proposer un point de vue dutilisateur [ averti ou incompétent cest selon - mais de quoi exactement ? ] à mi-chemin entre le regard technologique et le commentaire sur sa pratique, puisquelles sont ici et peut-être plus quailleurs - fortement inter-dépendantes, inter-connectées, inter-reliées. Peut-être revenir dabord sur un fait marquant dans le dispositif Isabelle, du point de vue de lutilisateur. Une certaine visibilité [pesanteur ? ] technologique que lon ne peut écarter ou même feindre dignorer. Non quelle se présente comme problème [ on a tous fait des installations plus ou moins sophistiquées pour pratiquer un cédérom ] mais comme question à plusieurs niveaux. installationLinstallation commence et savère longue et pleine de surprises : Voulez-vous installer le navigateur MS-Explorer version 5 [ pourquoi pas, mais jai déjà la v4, mais voici une proposition de mise à jour mais pourquoi installer un navigateur ? ]. Voulez-vous linstaller dans sa version complète, personnalisée [utilisateurs avertis] ou minimale ? En fait je voudrais surtout pratiquer le cédé « Isabelle », donc minimale, mais je vois que « complète » comprend le logiciel de messagerie Entourage que je nai pas, principe de réalité : allons-y ]. Jopte donc pour la version complète. Puis viennent linstallation des composants DirectX 6.5 et enfin la mise à jour de DirectX en version7 [je crois me souvenir que DirectX permet dintégrer à lOS windows des routines de manipulation dobjets en 3D ] donc voilà notre sujet qui arrive... Un redémarrage de lordinateur parachèvera ce préambule technologique. Ce point pour souligner le parti pris très radical du dispositif : personnages et décors en 3D aux rendus en aplats colorés recourant à des choix technologiques peu usités jusquici dans une fiction. règlages personnalisésLa fenêtre de lancement de « Isabelle » propose de calibrer son joystick afin de paramétrer ses possibilités et de les exploiter, la perspective dune narration interactive actable au joystick adieu souris/clavier archaïques est séduisante. Séance de calibrage du joystick, tests terminés [valider pour passer le test suivant] puis séance de calibrage du moniteur [attention, celui-ci séteindra plusieurs fois, cest une procédure normale, laissez faire le processus] et de reconnaissance des cartes son et vidéo. jouabilitéLe dispositif ainsi prêt à fonctionner, à libérer les 25 heures de narration quil contient1 est prêt à être acté, investi de mes essais/erreurs pour progresser dans cette histoire dont je ne connais encore rien. Mais ce nest pas en pratiquant Isabelle que jen ai appris les ressorts et les fonctionnements essentiels : cest en consultant et en imprimant laide du livret. Cest-à-dire que le dispositif (dans une approche courte de 2 x 2 heures) ne ma permis que de prendre connaissance du récit introductif que Jean Clément qualifie d« encadrant » [ cette séquence filmique introductive et commentée en voix off et affichée en texte ], de la manipulation basique nécessaire aux déplacements des personnages. le spectacteur à labandonCest en allant relire le texte de Thomas Cheysson2 sur agraph.org que je me construisais une représentation plus précise du dispositif. Jy retournai plus serein, mais me heurtai à une difficulté de faire évoluer mon personnage dans les différents environnements. Problèmes de spatialisation : comment franchir le pont sans se cogner systématiquement à lune des barrières ? [ le pont est pourtant large mais la manipulation du personnage est comme lestée dois-je retourner à la calibration du joystick ou finalement passer en mode clavier ] Comment [et pourquoi ] rentrer dans cette maquette en couleurs de la ville qui jouxte la chambre ? Quel est ce monde clos, sans bordures où avancer au-delà de la fin de la prairie et donc du monde signifie se heurter à un mur [invisible] devant lequel mon personnage patine. + Problèmes de compréhension : pourquoi ce grand gaillard aux épaules carrées se détourne du petit frère à chaque approche ? Pourquoi ses tentatives de le provoquer échouent-elles ? Faut-il que je (utilisateur) change de personnage - passer au petit frère pour débloquer la situation ? ou dois-je rester Georges laveugle Isabelle veut-elle du bien à son « ami » ? Est-elle une manipulatrice ? Est-elle, elle-même manipulée ? Elle reproche à plusieurs reprises à Georges dêtre fabulateur, davoir de fausses idées sur ce qui sest réellement passé. + Problèmes de paranoïa : Le monde de Crison est décrit à travers les dialogues comme un monde plein de fourberie, ou dintrigues ambigues : Qui sont ces « ils » qui ne voulaient aucun mal à Georges mais lont rendu aveugle ? Georges semble accuser le frère dIsabelle, quen est-il ? Dans quel état est Paul à lhôpital, et pourquoi sa visite est-elle si compliquée ? Pourquoi Georges est-il emmené en prison à peine sorti de sa chambre ? = Problèmes de démotivation : Ferai-je un jour le tour de ces 25 heures qui pèsent tout à coup plus comme une menace que comme une promesse en regard de ce tissage de complexités imbriquées Interactivité ?////// Extrait du texte de Pierre Barboza Je nai jamais cru personnellement être à lorigine de lhistoire mais plutôt dêtre rattrappé par elle alors que je mempêtrais dans une des difficultés énoncées. Une voix off, doublée en texte et une série dactions guidées me montrant quun nud narratif était enfin franchi. Me faisant mesurer que je navais pas réussi à avancer seul dans le dispositif. Le récit ma paru se construire en premier lieu dans ces errements sans fins, dans ces tentatives plus ou moins heureuses de maîtrise dun dispositif complexe mais riche :
Et dans lerrance productrice dun récit [auto-récit ?], celui que lon se crée [sagit-il alors du méta ?], dans lequel le dispositif nous installe et nous laisse à labandon mais où tout se fabrique dune suite de sensations : la scène où George et Isabelle font [les gestes de] lamour est si brève et irréelle quon se demande si on la réellement vue. Le commentaire off doublé de texte nous confirme la nature de la scène. Et ajoute la froide distance de Georges avec Isabelle. Leur relation paraît si "jouée", si détachée, leurs pauvres corps filaires à peine recouverts ont pourtant - non une puissance mais une fragilité dévocation qui fait trace en nous. Cette pratique de lespace nest pourtant pas vaine, elle se constitue comme lespace/temps des projections subjectives du joueur [ est-ce un joueur ? ], comme lélaboration de son espace fictionnel, en marge du récit de lauteur qui à ce moment dexpérience passe au second plan. Ce monde aux limites invisibles, cet espace circulable semble là pour nous occuper et cest ce qui se produit - en partie seulement puisque nos actions entraînenent également lavancée temporelle dans les successions dévénements, dans les fonctions du récit. Jean-Louis Weissberg avait ces mots à propos de 18h39 (« Récit geste et présence - à propos de 18h39 ») « incuber linterface (je préfère ce terme à « faire fonctionner » ou « comprendre ») et découvrir le CD sont coextensif. » Il semble bien que la pratique de Isabelle procède de cette façon : une incubation qui livre peu à peu ses clés et ses fonctions, notre exploration y fonctionnerait comme catalyse4, elle est prévue dans son imprévisibilité et gérée comme telle : il se peut que lutilisateur par ses actions déclenche une fonction, mais il est probable quil nen reste quaux catalyses et à ce moment là et au terme dun temps donné, lauteur fait avancer son récit là où il a prévu de le faire et selon sa logique linéaire. La pratique interactive de lespace « Isabelle » fait émerger une relation au hors champ [ du récit ] qui a pour effet de médiatiser la narration par le double jeu de la corporéité [Georges, le petitFrère] et du point de vue [Rêve, vison de laveugle]. Pour le dire autrement, les personnages, scriptés, pourvus dune autonomie toujours relative deviennent les médiateurs entre un récit très linéaire (revendiqué par lauteur) et une pratique de type ergogique7 - terme emprunté au vocabulaire de la physique qui vient du grec ergon et hodos, qui signifient "travail" et "chemin" - c'est-à-dire qui demande une manipulation et un chemin comme condition de son accès. Pour les Grecs anciens, la pédagogie comprenait l'idée que l'étudiant se rendant auprès du maître pour y recevoir ses enseignements devait marcher, accompagné du pédagogue. Son initiation se faisait sur deux plans "chemin faisant" avec le pédagogue, la marche et la parole préparant la leçon du maître. succès filmique / échec interactif ?« Isabelle » pose des problèmes mais surtout relativement à une idée de linteractivité et du récit interactif. Sur le plan de limage, du cadrage, des points de vue, du récit-auteur, Isabelle est une fiction qui semble homogène et qui montre de réelles qualités dans un univers assumé (3D minimale). Le récit-auteur linéaire des 130 nuds narratifs, sil est visible et se veut laxe central du dispositif ne parvient pas à lépreuve de lusage à conserver ce rôle. La praxis du dispositif se constitue pour lessentiel comme une errance sans conséquences mais pas sans productions imaginaires, poétiques qui vont prendrent le pas sur le récit auteur qui devient secondaire. A investir et à donner à lautre [ici le spectacteur] linteractivité comme une immense pâture spatiale et temporelle [ ce grand espace où déambuler sans conséquences, où picorer ] on ne pouvait attendre que le récit linéaire reste LE récit principal, même sil garde le statut dun fil qui garanti une suite denchainements prévus. Il y dans Isabelle un film que Thomas Cheysson voulait nous montrer, mais celui-ci était très long (25 h), aussi nous a-t-il laissé seuls dans lespace-temps de son scénario. Régulièrement la sonnerie retentit et nous entraîne à nous rassoir pour ne pas manquer les moments clés. Ce que Pierre indiquait dune autre manière avec la citation de François Truffaut : « le cinéma, cest comme dans la vie sauf quon a supprimé les temps morts . On peut remarquer que dans Isabelle, cest comme dans la vie et en plus on a les temps morts et on peut même en rajouter. » Reste que la question de linteractivité dans le cadre du récit interactif est en suspens, en même temps quelle permet avec « Isabelle » den mettre à jour des aspects très intéressants. Comme tentative, « Isabelle » reste un projet prometteur mais qui vaut à mon sens beaucoup plus par des qualités qui ne sont pas celles énoncées par ses auteurs.
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© Luc Dall'Armellina - 2002 |
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| NOTES ::: | |||
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1 - Cheysson Thomas « Fiction interactive : décortiquons Isabelle » _ http://www.agraph.org/tribune.html 2 - Thomas Cheysson : Fiction interactive : décortiquons Isabelle. 3 - Pierre Barboza : Sale temps pour la fiction. 4 - T. Cheysson déjà cité « Cette liberté nest laissée quau sein déléments narratifs de taille réduite » 5 - Jean Marie Schaeffer souligne que fiction et feintise ne sexcluent pas de façon absolue mais se trouve fréquemment combinés dans des récits. 6 - Jean-Louis Boissier parle à propos de la fiction interactive de son caractère fondamental de jouabilité . voir La Perspective interactive : visibilité, lisibilité, jouabilité , in Revue desthétique n° 39, Autres sites, autres paysages, Jean-Michel Laplace, 2002. 7 - AARSETH Espen « Cybertext, Perspectives on Ergodic Literature » - John Hopkins University Press, Baltimore 1997 définition traduite par Jean CLEMENT Université Paris8 pour son groupe de recherche "Ecritures Hypertextuelles". |
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