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Séminaire dans le cadre du laboratoire "Paragraphe"
Présentation du séminaire Attendus :Quel vocabulaire et quels concepts forger pour construire la critique des productions et oeuvres hypermédias ? Bref, comment outiller la pensée dans ce continent où, certes, tout n'est pas inédit de part en part, mais où des problèmes originaux ont mûri. Il sagira, quelles quen soient les modalités concrètes, de développer une recherche à partir de lanalyse de productions présentées lors des différentes séances donnant matière à une publication (voir plus en avant). Le contexte de l'univers numérique redéploie quelques questions majeures déjà envisagées dans le cadre de la critique littéraire ou filmique au nombre desquelles figurent l'invention de langages expressifs, les figures de l'implicite, les contraintes dues aux supports ou les postures de réception. Ce texte a pour objectif de délimiter certains de ces problèmes - parmi les principaux, espérons-le - tout en laissant ouvert la discussion aussi bien sur leur formulation que sur l'extension du champ qui les concrétise. L'idée de "l'action sur l'image" est une délimitation évidente parce que caractérisant tous les hypermédias. Peut-être trop même, mais les incidences de ce régime d'image spécifique à l'univers numérique n'ont pas été encore analysées avec suffisamment de netteté. Elles recèlent toujours probablement - ce sera au séminaire de le vérifier - d'importantes vertus heuristiques. Investiguer l'image actée, - je préfère cette dénomination à celle plus courante "dimage interactive" car elle indique plus nettement le chanage réciproque de limage et de lacte gestuel -, c'est mettre l'accent sur "l'expérience" dans des conditions où la vision et son objet (limage) ne peuvent plus être distingués de leur mise en scène, devenue à la fois objectivée et expérimentable. Cette expérimentation se déploie dans une double dimension, gestuelle et imaginaire (on pourrait dire haptique et noématique). Le champ d'étude autour de l'image actée, sera envisagé selon une direction principale qualifiée de pragmatique, à partir de laquelle on pourra faire dériver dautres éclairages. Lobjectif est bien dinterroger les différentes présentations selon laxe principal (pragmatique) en modulant les pondérations des autres éclairages suivant chaque réalisation. 1 - Axe pragmatique : anatomie du chanage image-geste L'image actée relève donc à la fois d'une saisie imaginaire, interprétative et d'une saisie physique, interventionniste, par interfaces interposées : cette double détermination en constitue la singularité en regard de toutes les autres formes d'images. Léquipement acté de l'image interdit alors qu'on se contente d'une analyse des contenus et des modes de circulation internes. Une icono-actologie rencontre l'interface comme un objet d'investigation privilégié. On définira, en effet, l'interface comme un espace d'ajustement intérieur-extérieur, dans ses deux dimensions d'installation du monde propre de la scène et d'organisation de l'action ; dimensions qu'on retrouve avec les dénominations "interface graphique", d'une part et "interface haptique" (souris, joystick, dispositif de retour d'effort, etc.), de l'autre. Cet ajustement gouverne l'analyse, plus que pour tout autre type d'image (peinture, photographie, cinéma) où ces aspects affleuraient pourtant déjà. On s'intéressera donc à la portée et à l'anatomie du chanage geste-image dans la description du nouveau régime historique de production et de réception de l'image, régime que la notion d'image actée tente de désigner. Dans cette perspective, la conceptualisation deleuzienne (image-temps, image-cristal, appui sur la théorie bergsonienne de la perception) semble être une voix prometteuse à condition toutefois d'évaluer la possibilité d'une translation-transformation de ces concepts élaborés dans l'univers du cinéma. De limage à la vision Dans l'univers de l'image actée, la vision suppose et appelle constamment des prédictions sur lunivers environnant : quel objet est-il cliquable, quel chemin peut-il être suivi, etc. Parce que - plus que toute autre image - elle dissimule plus quelle ne révèle, l'image actée induit une combinaison complexe dactes mêlant intimement lobservation de la scène, lanalyse des effets haptiques (quelle est lincidence dun cliquage, par exemple), et les variations imaginaires (la "corrélation phénoménologique"). Ces variations peuvent sétager (et mêler) dun souci opérationnel (trouver une issue dans un dédale, par exemple) à des chanages associatifs échappant à toute intentionalité explicite. Il en résulte un effet-retour du régime acté de limage sur la vision (similaire dans son principe à ce qui sest produit avec la photographie et le cinéma). Adossé aux anciens régimes, celui-ci construit de nouvelles formules du voir, retrouvant, en partie, des principes fondamentaux de la vision dans ses rapports à lexpérimentation et à la mémoire, principes qui sont à la source de lenquête phénoménologique menée en particulier par Husserl, Bergson et Merleau-Ponty. Mais dautres références pourront aussi être mobilisées, notamment Benjamin. Contribuer à forger un vocabulaire et à énoncer des principes de régularité, voire les codes de la condition "spectactorielle" (on nose pas dire une grammaire, tant ceci parat complexe) serait lun des objectifs du séminaire et, dans cette perspective, certains outils de la sémiologie - peircienne notamment - pourront être mobilisés. De même que des travaux danalyse filmique - on pense notamment à ceux de Christian Metz - pourraient être fructueusement prolongés dans le domaine des images numériques "actives" (questions du réalisme et de la fiction, par exemple). Ce travail pourra passer par lexamen critique de travaux similaires menés par dautres équipes ainsi que par la discussion de lactuel vocabulaire descriptif spontané (roll over, cliquer, etc.). Nous nécartons pas à priori lhypothèse que, dans le cadre dun système de codes généraux, chaque production appelle une sémio-critique locale indexée sur ses choix dinterfaces, ses modalités dinterruption, ses combinaisons spécifiques de médias (fonctions de limage fixe et animée, du son, du texte, etc.). Interfaces Parmi les investigations à conduire, celle qui concerne le pronostic dune normalisation de l'interface graphique nous intéresse particulièrement. Ce pronostic est-il justifiée ou au contraire - et en particulier dans les domaines artistiques et de recherches - assiste-t-on à une invention d'interface signifiante en tant que telle, participant, selon des contextes spécifiques, à la construction sémio-pragmatique de la scénographie ? Cette investigation pourrait contribuer à l'élaboration d'un vocabulaire spécifique pour désigner la nature des prescriptions explicites et implicites adressées aux "spectacteurs". Comment se combinent linterface graphique avec ses corollaires haptiques : (souris, clavier... voix, est-ce une interface haptique ?) pour former la matrice de conversion image-geste, mais aussi par là même lobjectivation du sens de ce lien. Cette composition des deux types dinterfaces est tissée d'images et designée pour et par le geste. Il faudra, de plus, sintéresser à lévolution de cette relation en prenant la mesure de lune des tendances fondamentales à loeuvre : le retour deffort de limage sur le corps. Narrativité et temporalité Nous aurons aussi à remettre au travail la question fondamentale de la narrativité : quels types de narrativité trouvent à sexprimer dans les univers dimages actées, des produits de recherches aux oeuvres artistiques en passant par certains jeux vidéo édités ou en ligne ? Quels principes (codes et construction fictionnelles) définissent les principaux genres (enquêtes, énigmes, épreuves, découverte dunivers, exploration latérale de récits linéaires, etc.) ? Quels types de fonctionnement cognitifs sont-ils mobilisés (simulation dunivers, acquisition inductive, etc.) ? Autre nom possible de la narrativité, la temporalité attirera toute notre attention. On le sait, le jeu temporel est une dimension centrale de toute narration. Quen est-il dans le contexte des cheminements multiples et des interruptions volontaires ? On le sait un important outillage conceptuel a été élaboré sur ces questions dans les recherches cinématographiques. On pourra aussi prendre appui sur des questions connexes : comment l'art cinématographique s'est-il constitué à partir de l'invention technique (ou, plus décalé encore, l'art photographique). Comment, et sous quelles conditions, en tirer profit dans le domaine qui nous intéresse ? Dans cette perspective les agencements réciproques des matériaux imagés, sonores et textuels retiendra toute notre attention, notamment en ce quil conjoignent des médias séquentiels comme le son ou limage filmique et des médias discontinus comme la photographie et le texte. Plus généralement, cest le statut de la réception qui demande à être travaillé. Dans quelle mesure peut-on toujours parler de lecteur ou de spectateur dans la réception des hypermédias ? Symétriquement comment thématiser la situation de lauteur (auteur collectif, auteur en collectif....) notamment dans le contexte des réseaux. Ne faut-il pas envisager un concept de méta-réception corollaire dailleurs dune méta-création, cest-à-dire création dunivers narratifs ou expressifs tels que la littérature générative, chère à Jean-Pierre Balpe, lactualise. On aperçoit derrière ces questions une ouverture possible vers une interrogation politique portant sur la nature de la communauté spectactorielle, question sur laquelle nous reviendrons plus en avant. Avatars et autonomie comportementale Last but not least, nous aurons à prendre la mesure des formes de présence actualisées par les avatars dits virtuels que je préfère appeler "spectagents" (ou "humains virtuels" comme les nomme Isabelle Rieusset-Lemarié). On devra analyser comment se combinent les dimensions représentatives et inventives dans ces mondes. Comment, aussi, ils mettent en scène des milieux de vie autonome conférant aux personnages une "intelligence propre", concrétisés par des mécanismes adaptatifs et appuyés sur les théories cognitivistes ou de la vie artificielle. Limage nest alors plus seulement actée, elle devient lun des acteurs doté dune certaine autonomie comportementale. Doù lhypothèse quaprès le réalisme figuratif, spatial, gestuel, ces réalisations visent un réalisme psychologique et social, comme la dernière version de Sim City le préfigure. Exemples de productions à discuter : - sites Internet artistiques, musicaux ou de recherche, - CD-Rom de recherche (fiction interactive comme "Sale temps" , produit d'exploration photographique comme "18:39", recherche sur les interfaces comme "Machines à écrire"), - CD-Rom "documentaire" comme "A Bronx Family Album ", - jeux vidéos avec agents autonomes, - jeux vidéos fonctionnant à l'induction (Myst, Riven par exemple ), - jeux vidéos avec retour deffort, - micro-mondes simulés (Sim City) et recherches sur les personnages autonomes, - univers incluant des avatars (Muds, Deuxième monde, Palace...).
2 - Axes dérivés Ë partir de laxe principal qualifié ici de pragmatique, nous ne nous interdisons pas de regarder vers des contrées plus éloignées, dans une perspective iconologique en quelque sorte, prenant en charge quelques questions où la conjonction image-geste, bien queffective, est moins directement présente. Nous en évoquons deux, à titre dexemple. Leur prise en compte dans le séminaire demande à être confirmée. Cette réserve est motivée par la nécessité de vérifier quun traitement conjoint avec les questions évoquées ci-dessus peut savérer fructueux.
a - Fluidification entre réception et production L'univers de l'image actée incite à approfondir l'hypothèse du chanage entre réception et production. De nombreux dispositifs peuvent être sollicités dans le domaine de l'image montrant comment l'activité de réception s'enchane avec - voire ne peut se distinguer de - l'activité de production (Odissey, site Thirdvoice, Deuxième monde, SCOL, XML, ou plus éloigné, musique techno). Enjeu éducatif mais aussi politique si on comprend que ces redistributions forment les conditions dexpression dans la "République de lhypermédia" (comme on a pu parler de la " République des lettres " ou chacun était aussi bien lecteur que producteur de connaissances ou doeuvres). b - Régime expérimental de la croyance Dans une perspective voisine, on évaluera l'hypothèse liant l'image actée à la crise de la croyance fondée sur la vision, afin de problématiser un régime expérimental de la croyance adossé à lintervention sur limage. Présentations illustrant cette hypothèse : production multisupport de l'INA, CD-Rom sur l'affaire Simpson, norme XML, sites Internet, et, peut-être plus éloigné, "Le spécialiste". 3 - Délimitation : Une question importante dont être discutée : faut-il limiter notre attention aux "oeuvres", entendu par là, partie prenante dune problématique artistique ? Ce qui exclurait des productions comme certains jeux vidéos, des recherches plastiques ou scénographiques ne ressortissant pas mécaniquement au monde de l'art (recherches en animation synthétique, certains aspects des effets spéciaux où lon sintéresserait plus aux procédés de production quaux résultats). Nous préconisons une position ouverte sur la définition des objets étudiés et ceci pour une raison fondamentale : adopter une définition axiomatique du champ, c'est en quelque sorte avoir résolu les questions avant de les faire travailler. Il sera donc, bien entendu question d'oeuvres, mais en y ajoutant des propositions qui gravitent autour sans s'en revendiquer nommément (jeux vidéos, images génératives, par exemple). 4 - Modalités : D'une périodicité mensuelle, le séminaire proposera des analyses critiques d'oeuvres, de productions, de recherches présentées autour des concepts et des parti pris énoncés ci-dessus. L'idée serait de présenter des produits en tentant d'articuler à partir d'une même démonstration, plusieurs interrogations selon les axes principaux indiqués ci-dessus. Ces analyses - présentations seront effectuées de préférence par des participants réguliers au séminaire (sans exclure totalement des démonstrations ponctuelles de réalisateurs). Nous éviterons, le plus souvent, d'avoir recours aux concepteurs, l'expérience montrant la difficulté dune libre discussion des réalisations en présence de leur auteur. Animation Animé par Jean-Louis Weissberg, le séminaire bénéficie de la participation active denseignants-chercheurs de Paris 8 et Paris 13 (Pierre Barboza, Frédéric Dajez, Patrick Delmas, Frank Dufour), Paris 1 (Corinne Welger), Paris 10 (Isabelle Rieusset-Lemarié de lIUFM de Versailles/Universite de rattachement Paris X) ainsi que dautre établissements. La liste des noms cités ici étant appelée à sétendre. Participants Le séminaire est ouvert à toute personne (enseignants, chercheurs, étudiants, doctorants, etc.) concernée par les questions évoquées, ayant un intérêt théorique et/ou pratique pour les problèmes d'histoire et de sémiologie de l'image, de conception d'interface, dergonomie cognitive, de philosophie de l'image et desthétique de la création numérique. PublicationL'un des objectifs du séminaire est de préparer la publication d'un ouvrage dans la collection "Champs Visuels" (L'Harmattan) autour de "l'image actée". Les participants au séminaire pourront donc soumettre des contributions (aux côtés de chercheurs extérieurs). Les textes feront alors l'objet de discussion collective. |
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